Aucune trace, pas la moindre photo,
mais alors ça...
il faut que je vous le raconte !

Vendredi soir, dans ma latérite juste à hauteur de chez moi, avait lieu une fête gigantesque organisée par mes voisins dont la famille compte dorénavant un bambin de plus.

Les festivités étaient donc lancées pour 2 jours de musique et de danse !
mon_voisin
L'un de mes voisins m'avait invité la veille à venir y passer la soirée. Ni une ni deux, j'avais accepté.

- Pas de problème, j'en serai !
-  A demain ! Inch'Allah !


Et comme promis,
le vendredi soir venu,
j'en étais...

J'avais vu une fête similaire les premières semaines après mon arrivée : le principe est simple, mettre le feu au quartier !
C'est souvent ainsi que se produisent les fêtes m'a-t-on expliqué : quand un événement important a lieu et que la famille en a les moyens, on sort le micro, la sono, une cinquantaine de chaises et...

... coupez ! Décalez !

Ces fêtes sont visiblement principalement organisées pour les enfants du quartier. Parfois même à leur initiative. Rien à boire, rien à manger : juste de l'ambiance à en faire des réserves pour l'année, au rythme des "tegere ! tegere !" (tapez dans les mains) du DJ ne s'arrêtant jamais de chauffer le public au micro !

Il devait y avoir quelque chose comme 200 à 300 personnes, en cercle, délimitant une grande piste où certains pouvaient danser.
J'ai été étonné de voir comment les danses s'organisaient. Il n'était alors pas question de tous danser et de voir tout le monde s'abandonner au rythme : Les danses se passaient par groupe de 8, 4 personnes alignées de chaque coté.
Chacun se balançaient un peu en rythme
et à tour de rôle, 2 personnes quittaient leur ligne respective et avançaient en dansant vers le centre, l'occasion de montrer à l'assemblée un petit échantillon des talents de chacun.
Les 2 personnes dansaient alors ensemble une petite minute au moment de se rejoindre au centre
et gagnaient finalement, toujours en dansant, le rang d'en face.
Quant tout le monde était passé et que les rangs avaient ainsi été échangés, les 2 groupes avançaient lentement en dansant et reprenaient leur place initiale.
C'était alors reparti pour une deuxième et dernière cession.

J'avais pourtant débuté la soirée gentiment.
Totale discrétion, il était d'ailleurs dans mes prévisions que ça ne change pas ! J'avais commencé en restant un peu à l'écart à discuter avec le couturier du coin et boire le thé avec les gardiens du quartier...

Enfin, avant de rentrer chez moi, je me suis approché un peu en me fondant dans la masse (quoi que seul blanc parmi les 200, il y avait participation moins remarquée !).
C'est alors qu'une personne m'a interpellé et annoncé que le DJ voulait me parler : c'était un des frères, qui tenait à ce que je sois assis à coté de lui.
J'aurai voulu revêtir une cape d'invisibilité, être un passe-muraille et ne faire dépasser qu'une demi-tête... et me voilà au centre de l'assemblée !

Mais alors ce dont je ne m'étais vraiment pas préparé (mais l'aurais-je seulement pu ?!) : c'est qu'on me prenne le bras...

... et qu'on me demande de danser !

2 secondes pour réagir : Le temps d'un coup d'œil furtif, impossible de m'enfuir.
Je passe sans hésiter au plan B, et livre en vrac et aussi vite que possible un refus poli, un splendide non merci, un regard explicite d'abord amusé, rapidement horrifié... cherchant simultanément mais vainement un plan C !
2 secondes...
Penser très fort et se rapprocher de l'infiniment petit. Quelques incantations pour que tout le monde oublie, pour qu'on y pense plus. Se concentrer et prendre la couleur du fond.
Mais comment font-ils les phasmes, les magiciens, les caméléons, tous autant qu'ils sont ? Pourquoi eux, pourquoi pas moi ? Pourquoi n'apprend on pas ça à l'école ?
2 secondes. Ça va trop vite. Pas le temps même d'essayer.
2 secondes...
C'est le temps qu'il aura fallu au caméraman (oui, la soirée était filmée ! Manquerais plus que je passe à l'
ORTM !!) pour braquer sa caméra et son projecteur sur moi.

"Allez, il le faut maintenant" me dit la personne qui m'avait invité...
...
Il le faut.
Et il a fallu !

J'ai donc laissé tout ce qu'il me restait de timidité : Quitte à le faire, autant s'y adonner corps et âmes ! Et débarrassé des restes d'inhibition, je me suis lâché sur des essais de hip hop à la sauce danse irlandaise (pour la première apparition) et de danses zoulou version Johny Clegg revisitant la troïka (pour la seconde)...
On ne rigole pas...
Enfin si, on peux : je ne vous raconte pas les cris qui ont retenti quant ils ont vu que je jouais le jeux !
Les gamins étaient fous !

Quant aux retombés de la soirée...
Hier matin, en allant faire des courses, je me suis fait inviter 2 fois à manger dans le plat commun, sur les 50m de ma latérite.
C'était un test !
Me voilà adopté...