Nous voici enfin à Kalabougou,
où se dresse un étrange décor...
On distingue ainsi, à mesure que l'on s'approche, une foultitude de silhouettes en activité. Se dessinant à peine à travers l'atmosphère enfumée.
Étrange chorégraphie d'ombres et de lumière.

Ce n'est pas la fin du monde. Approchons...

kalabougou

Kalabougou est un village dont l'existence semble remonter à l'empire bambara (qui s'est étendu de la fin du XVIIe siècle jusqu'à 1861, et qui a connu son apogée vers le milieu du XVIIIe, sous Biton Coulibaly. Retenez ce nom, on sera amené à reparler de lui bientôt !).

Ce village comporte environ 3000 habitants, répartis en plusieurs quartiers dont la population est bien différenciée. Quant à être plus précis, je vais avoir du mal : chaque source leur attribue des populations différentes ! Enfin il s'agit de toute façon d'ethnies et de castes bien spécifiques pour chacune.
Ceux à qui l'on rend visite aujourd'hui sont des bambaras, de la caste des numus !

Les numus font partis des bambaras castés (qu'on appelle les niamakalaw). Parmi eux il y a les Jeli (griots, maître de la parole), les Garanké (cordonniers), les finhas... et les numus, c'est-à-dire la caste des forgerons.
Au sein de cette caste, les hommes travaillent le bois et le métal (même si pour des raisons économiques, peu d'entre eux le font encore à Kalabougou. La plupart des hommes travaillent plutôt la terre au sein des petites parcelles qui longent le fleuve, récoltant ainsi du riz, du mil, des salades ou des tomates qui seront vendus le lundi au marché de Ségou).

Les femmes quant à elles sont des potières. C'est donc elles qui font la spécificité et la renommée de Kalabougou, et que l'on voit aujourd'hui en pleine activité puisque c'est jour de cuisson !

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Les potières sont organisées en associations (les tons, ça se fait beaucoup au Mali. J'avais découvert ça la première fois à travers les livres d'Amadou Hampâthe Bâ, qui décrit très bien ça dans Amkoulell, l'enfant peul, puis redécouvert ça à travers mes différentes pérégrinations, notamment à Djenné avec le barey-ton, la confrérie des maçons).
Il en existe une trentaine à Kalabougou, regroupant plusieurs familles (il y a environ 300 potières en activités dans tout le village), chacune présidée par la plus âgée.

L'activité des potières est basée sur un cycle hebdomadaire qui rythme la vie du village : On va chercher l'argile le mardi et le mercredi, le jeudi et vendredi servent à façonner les différentes poteries... et le week-end sert à la cuissons, commune à l'ensemble du village : les pots, vases, canaris... devant être prêts pour le marché du lundi à Ségou.
Nous arrivons donc tout juste pour assister à la cuisson dominicale : les terres à cuire sont disposées dans d'énormes tas de pailles et de branchages qui sont embrasés. Cela dure une demi-heure à peine. Et récupérés, les pots encore chauds sont soumis à divers traitements dont je vous parlerai la prochaine fois...

Un sacré spectacle !
(les 2 photos suivantes sont de Virginie)

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Une sacrée ambiance !

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Toutes les femmes réunies sur la place du village.
Ça travaille, ça palabre. 
et de bouche à oreilles, j'imagine les nouvelles de la semaine
se déformer comme les volutes de fumées !

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