[de retour d'un gros périple au 4 coins du Mali qui devrait alimenter pour un petit moment encore les pages de ce blog... je vous poste cet article, écrit avant les vacances de Noël, et que j'avais prévu de vous mettre en ligne pour la bonne année. Un peu en retard donc, mais le voici avec tous mes vœux pour 2009 : Aw sambe sambe ! Ka san here caya !]

Dimanche 7 décembre, veille de Tabaski, je suis allé à Kati, un village à une dizaine de km de Bamako.
C'était jour de marché. Un marché particulièrement grand et coloré, qui vaut le détour !

Et entre 2 légumières, je suis tombé sur une porte entrouverte, portant une inscription à demi effacée : Cinéma Lafia ! Lafia signifie "temps libre", "détente" en bambara.
Gaoussou, un ami aux multiples casquettes (garagiste, prof à l'école d'ingénieur, apiculteur... et guérisseur par les mains !) habitant Kati et qui m'accompagnait dans ma visite, m'explique qu'aujourd'hui c'est une salle de réunion et de spectacle. Mais que c'en est fini de sa vie de cinéma...

entree

Impossible de résister. Il fallait que j'aille quand même y passer mon nez !

Les fruits et légumes enjambés, je suis alors tombé sur une billetterie rouillée et poussiéreuse mais aux couleurs déjà magiques. Ce lieu regorge de bons esprits, c'est sûr ! J'avais l'impression d'entrer dans un temple dédié au cinéma. Un vieux ciné abandonné, mais où l'on peut encore, si l'on sait écouter, entendre les rires des spectateurs et les répliques intemporelles résonner encore...

billetterie

Passé la billetterie, sortie de nulle part : on se trouve au milieu d'une immense salle de cinéma en plein air ! Ça me rappelle les cinémas en plein air de Grèce dont je me suis régalé cet été, et bien entendu le kadjinol station découvert avec émerveillement à Dakar !
J'adore les cinémas, pour les films qu'on y passe, pour les moments qu'on y vit, mais aussi pour le lieu. Et je craque complètement pour les cinémas en plein air.

Mais alors celui-ci... me va droit au cœur !

salle

Un cinéma quasiment à l'abandon donc... mais quasiment seulement : figurez-vous qu'il retrouve son âme une fois l'an, le jour de Tabaski. Et justement, c'était pour le lendemain !
Je suis donc tombé sur le machiniste, triant et dépoussiérant ses vieilles bobines 35 mm (avec des annotations à la craie sur les boîtes : Ninja killer, Police action...) et qui a bien voulu prendre la pose devant mon objectif incrédule !

projectionniste

J'ai fini par trouver le gérant du ciné... enfin l'appellation "gérant" l'a bien fait rire : "patron 1 fois par an !", qui a préféré ne pas se faire photographier, "pour pas que [son] image reste quelque part où [il] ne serait plus".
Il m'a réservé cependant une plus belle surprise encore : devant mon intérêt, tout fier, il m'a ouvert les portes de la salle de projection.
Et là, quel spectacle !

camera_1___Copie

Je me suis retrouvé dans une pièce où la lumière semblait ne plus être rentrée depuis des lustres. Un capharnaüm de papiers, de tissus, de bricoles, mêlés à une tonne de poussière dérangée par l'ouverture du volet...
Une chaise métallique, typique des chaises de location que l'on voit très souvent lors des mariages, avec le nom du propriétaire peint dessus traînant au milieu du bazar... et dans ce coin, la caméra russe, le joyau dont le projectionniste me donne jusqu'à la date de fabrication les yeux remplis de fierté !

A côté, une autre chinoise, qui officiera pour la séance du lendemain...

camera_2___Copie

Tout était paré pour 3 projections : la première pour le soir de fête, à 300 FCFA. La deuxième le lendemain, à 150 FCFA et la dernière le surlendemain à 100 FCFA.
Quand j'ai demandé si je pouvais y assister, ça l'a bien fait rire. Il m'a finalement dit qu'il ne fallait pas que je vienne, qu'il y aurait des enfants par centaines, partout, que ça n'était pas pour les adultes, et encore quelques autres motifs... Je ne pouvais de toute façon pas y assister.

Mais à coup sûr, j'y retournerai : l'an prochain pour profiter du spectacle au milieu de tous les gamins, et d'ici là pour flâner au milieu de tous ces fantômes du 7e art !