Si nous les avons finalement rencontrés assez rapidement au petit soir, à 10 minutes en voiture d'Inadiatafan... ils nous aura fallu en revanche nous armer de patience le lendemain matin, et les pister pendant plus de 3h pour les retrouver à une dizaine de km de là !
Les traces ne suffisaient plus, il fallait du flair... et demander aux peuls et aux campements touareg s'ils n'avaient pas croisé un troupeau : ça ne passe habituellement pas inaperçu !

Et donc, oui : nous les avons vus ces fameux éléphants du Gourma !
Pas seulement leurs traces, mais bien un groupe composé de mâles et de femelles avec leurs petits... et j'aime autant vous dire que ce n'est pas qu'impressionnant : ça fait même carrément peur !

Il faut dire que j'avais vu des éléphants en 2005 lors d'un voyage au Sri Lanka (pays où les éléphants sont omniprésents !). Les éléphants d'Asie (Elephas maximus) sont plus petit que ceux qui vivent en Afrique, avec des oreilles bien plus courtes, une extrémité de la trompe ne formant qu'un doigt préhensile (contre deux ici), les défenses sont absentes chez les femelles et la plupart des mâles et ils possèdent également 2 bosses sur le haut du crâne... La sous-espèce sri-lankaise (Elephas maximus maximus) présente en plus souvent une dépigmentation sur la face.

Et il était alors absolument, mais absolument hors de question de les approcher de trop près, ni de descendre du 4x4 ! Le guide était en permanence sur le qui-vive : on ne rigolait pas avec les éléphants... (je me souviens d'ailleurs d'un mâle solitaire (les plus agressifs) croisé sur le bord d'une route. Il nous avait été catégoriquement refusé de s'arrêter, tout juste avions-nous pu ralentir pour le voir...).

(Ci-dessous, mes photos prises au Sri-Lanka).

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C'était la version sri-lankaise... dans la version malienne nous avons laissé la voiture, marché pendant une bonne heure pour aller les trouver à 20m à peine de nous, et se faire tirer par la manche par le pisteur peul, ne comprenant pas que les voir à cette distance nous suffisait amplement... Tout cela n'avait absolument rien, mais rien de rassurant !

Difficile donc dans ce cas de faire la part des choses entre la peur que la puissance de tels animaux inspire (ce sont les plus grands animaux terrestres !) et l'inconscience mêlée au fatalisme...

D'autant que le guide s'amusait de la panique des touristes qu'il avait accompagnés la veille lorsqu'un des éléphants a fait mine de charger !
Les éléphants ont un odorat particulièrement développé... ceux-là nous ont non seulement largement reniflés, mais nous voyaient et, s'aspergeant de poussière et battant des oreilles, affichaient ainsi clairement leur mécontentement...

Tout ira bien, inch'Allah !

Enfin, nous les avons vus ces éléphants ! Quelques-uns des 344 survivants des éléphants du Sahel.
Susan Canney explique dans ce dossier, que "l'aire de répartition des éléphants en Afrique de l'Ouest était autrefois en grande partie continue des forêts côtières jusqu'au Sahara. Aujourd'hui, les éléphants forment de petites populations, très fragmentées, isolés géographiquement dont plus de la moitié comptent moins de 100 individus. Les éléphants de la région du Gourma au Mali constituent une population restante remarquable qui représente 12% de l'ensemble des éléphants de l'Afrique de l'Ouest".

Toutes les populations sahéliennes ont été décimées lors de la grande période de braconnage des années 1980... Ceux-là doivent leur survie à la tolérance des populations locales, à l'isolement de la région et au fait que leurs petites défenses soient constituées d'ivoire de mauvaise qualité...

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[Merci à l'ami Sylvain Ramuzat pour ces 4 photos !]

Des survivants donc, mais en sursis semble-t-il... puisque "la diminution de la pluviométrie, le développement de l'agriculture et des fermes à bétail, la sédentarisation des communautés humaines et les programmes de développement de l'eau, changent actuellement la relation entre les éléphants, les Hommes et l'écosystème sahélien. Les Hommes et les éléphants rivalisent de plus en plus pour les mêmes ressources" (source : dossier susmentionné).
Un vaste projet de conservation et de valorisation de la biodiversité du Gourma et des éléphants (PCVBGE) a donc été initié depuis 2005 par le gouvernement malien et financé par la banque mondiale...

Nous les avons donc vus, finalement, ces fameux éléphants. Et si Babar n'a pas montré sa trompe, crois-moi bambin, il ne devait pas être bien loin...

Ce petit film est dédié à Elyandre... je le poste avec une bise.
Musique
: extrait de "ain't no sunshine when she's gone" de Bill Withers