Un moment saisi à Farako, qui me fait penser aux idées préconçues que l'on peut avoir en arrivant au Mali...

Lorsque j'ai été invité à la sortie des masques de Sogonafing, j'ai longtemps hésité à prendre ma caméra. Je savais que ça n'était pas un défilé pour groupe Point-Afrique, et toutes sortes d'idées m'ont alors traversé la tête : de manque de respect, de voyeurisme, et de je ne sais quoi encore.

Dans le doute, je suis finalement parti avec l'appareil dans le fond de ma poche. Et en arrivant, je me suis évidement retrouvé au beau milieu d'une foule de Maliens de tous âges, photographiant et filmant avec leur téléphone portable...

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Tout ça pour dire que les touristes (et les autres) viennent souvent chercher au Mali des traces "d'authenticité", de "dogonitude" par exemple, pour reprendre les termes de la pièce "koteba des quartiers" ! 

On en oublierait vite et tristement que les maliens ne sont pas de personnages de contes, tout droit sorties d'une époque figée, mais de vrais gens, qui vivent notre époque, et quand je dis "notre", c'est évidement un pronom inclusif qui me comprend, comme vous et comme n'importe qui de ce monde.

C'est effectivement particulièrement frappant au pays dogon, où cela entraîne un phénomène de miroir particulièrement saisissant. Anne Doquet, anthropologue à l'IRD que j'ai entendue parler de ça il y a quelques mois, prenait justement l'exemple des danses des masques (c'est sa spécialité) : voir les gars danser pieds nus, avec des masques parfait(-ement dignes d'un marché d'artisanat)... si c'est "typique", ça l'est surtout d'une cérémonie destinée à des touristes, leur offrant ainsi l'image qu'ils sont venus chercher.

Elle évoquait alors le fait que les masques sont en général réalisés par celui qui les porte. Il rajoute donc bien souvent aux formes de base toutes sortes de marques personnelles. Et s'ils dansent... il n'y aura rien choquant à ce que ça se fasse avec des Nike aux pieds !

J'avais été particulièrement frappé l'année dernière, en allant voir, au Centre Culturel Français, une pièce de théâtre écrite et interprétée par une troupe dogon. J'espérais avoir un aperçu des formes du théâtre  qui se jouent là-bas, au lieu de quoi la pièce présentée n'était qu'un ramassis de tout les clichés sur le pays dogon : un concentré de Griaule, avec évidement une danse des masques comme on ne peut en imaginer d'autres... Les dogons jouaient aux dogons.

Les réalités, plus subtiles, plus vivantes, s'écartent bien souvent de la carte postale si largement véhiculée. C'est là justement le risque pour tout touriste au Mali : à ne pas décoller de sa rétine avant de partir tout ces clichés parfois si profondément gravées, il risque au final de ne rien voir d'autre du pays.