On s'en est approché, on en a déjà parlé, on tourne autour depuis un moment maintenant... Allez, ne jouons pas les snobs et ne boudons pas le plaisir de traîner autour du plus grand édifice en banco du monde !

Bien sûr que d'autres, plus petites, sont tout aussi belles... et bien sûr aussi que ces autres, tout aussi belles, sont également moins connues, mais elle a quand même une sacrée allure, cette grande mosquée de Djenné !

mosqu_e_djenne_1

Située en plein cœur de la ville, elle n'a absolument rien d'une construction dont l'origine se perdrait quelque part dans la nuit des temps. Ses travaux furent commencés en octobre 1906 et achevés à la fin de l'année suivante : toute jeune et sans une ride, elle vient à peine de fêter son centenaire !

mosqu_e_djenne_3

Retraçons son histoire en quelques mots : sur le site de l'actuelle mosquée, plusieurs se sont succédé. La première a avoir été construite à cet emplacement le fut en 1280, à la demande du 26e roi de Djenné, Koi Komboro. Tout juste converti à l'islam, le roi transforma son somptueux palais en lieu de prière...

Mais quand le Peul Sekou Amadou prit Djenné dans le cadre de sa guerre sainte (en 1819) et qu'il fonda l'empire théocratique du Macina, il ordonna aussitôt la destruction de la mosquée. Radical parmi les radicaux, il considérait que la ville, pourtant convertie à l'islam (c'est même là qu'il reçut son enseignement coranique), n'était pas assez pieuse, et que l'origine du bâtiment n'était pas digne de sa vocation religieuse...

Il ne reste de la première mosquée que l'enclos dans lequel sont enterrés les grands imams et chefs locaux.

mosqu_e_djenne_2

A vrai dire, on ne détruit pas une mosquée. On cesse de l'entretenir. Et dans le cas d'une mosquée en banco, cela revient très vite au même : à défaut d'un crépissage régulier, le bâtiment se détériore rapidement (voir post précédent). Pour accélérer le processus, on cesse même de boucher les trous d'aération du toit (il y en a 104 dans l'actuelle mosquée), laissant ainsi la possibilité à l'eau de s'engouffrer dans l'édifice.

Quand René Caillié pénètre dans Djenné, en 1828, il la décrit comme "abandonnée à des milliers d'hirondelles qui y font constamment leurs nids. Ce qui y produit une odeur infecte". Et quand le colonel Archinard, 65 ans plus tard, pénètre dans Djenné, il ne reste alors "que les ruines de l'édifice du côté ouest de la place centrale" (source : article malikounda).

Voici deux photographies des ruines de l'ancienne mosquée, prises en 1893-1894 par le Dr Rousseau (médecin de la première garnison française stationnée à Djenné)... elles sont issues de cette page de Djenné Patrimoine, où vous trouverez quantité d'images d'archives de la ville.

ruine_djenne
ruine_djenne2

En 1896, une grande restauration fut effectuée pour refaire la mosquée à l'identique de la précédente. Mais elle fut de nouveau abandonnée, en 1906 donc, au profit de la construction de l'actuel fleuron de l'architecture en banco, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1988.

mosqu_e_djenne_4

Voilà donc comment, aujourd'hui, se dresse en plein cœur de la ville cette grande mosquée carrée de 75 m de côté, de 20 m de haut, et protégée par un toit sur la moitié de sa surface... taillée pour pouvoir accueillir un millier de fidèles.

Splendide. Énorme. La première fois qu'on la voit on est pris de cet étonnant sentiment d'avoir devant soi une image vue mille et une fois.
Mais le mieux pour en profiter est de revenir lundi, sa plateforme surélevée de 5625 m2 est alors tout ce qui lui permet de ne pas être noyée au milieu de tous les étals du marché !