Difficile de faire l'impasse sur le foot au Mali, particulièrement en ce moment, alors que se dispute la Coupe d'Afrique des Nations (CAN). Je n'y connais que pouic en ballon, mais la ferveur populaire pour ce sport est impressionnante... et les performances des "Aigles du Mali" sont donc un sujet tout trouvé pour entamer la conversation avec le taximan où le boutiquier du coin.

Le mois dernier, le stade malien, club de football bamakois, remportait la CAF (Coupe d'Afrique des Fédérations). Cela devait marquer le début d'une période de grâce, parce que, si j'ai bien compris, jusque-là, sans vouloir être désobligeant... J'étais alors à quelques centaines de mètres du stade où avait lieu la rencontre, pour la cérémonie de lancement du livre d'Oumar Bâ sur l'histoire de l'éducation au Mali (un livre passionnant que je vous encourage à lire... et dont les lecteurs assidus reconnaîtront la photo de couverture : voir post du 28/01/09). Chaque but donnait alors lieu à une énorme clameur à vous en faire trembler les viscères !
Rentré tout juste pendant le coup de sifflet final, la fin du trajet m'a donné un peu l'impression de courir avec un tsunami me happant les bottes ! Ou, pour ceux qui auraient raté ce navet chef-d'œuvre, rejouant un peu la scène de Volcano lorsque le héros tente d'échapper à une nuée ardente...

Il y a quelques jours, le match nul arraché face à l'Égypte pour le premier match de la CAN a donné lieu dans mon quartier à une scène similaire. Il y eut alors une liesse au moins aussi forte qu'en France lors de sa victoire en Coupe du monde... Seulement, même si le scénario du match était particulier, il ne s'agissait que d'un match nul et d'une rencontre d'ouverture !

Seulement voilà, au risque de passer pour un rabat-joie, je ne peux m'empêcher de frémir devant autant d'exultation, et de penser au malaise qu'il semble révéler... A quoi ressembleront les réactions lorsqu'ils perdront ? Les souvenirs de la défaite face au Togo, le 25 mars 2005, sont encore dans les têtes.
Ces explosions de joie et la démesure des réactions face à tout ça semblent finalement être  l'expression et l'exutoire de l'énorme frustration d'une société où les perspectives d'avenir sont floues, où l'impression de justice est toute relative et, où plus encore, règne le sentiment de ne pas pouvoir agir sur son destin...

Peut-être aussi peut-on voir dans ces réactions un désir de réussir particulièrement intense quand, en permanence, est retournée l'image de ne pas faire ni être comme il faut. L'expression, là encore, de ce "viol de l'imaginaire" dont parle Aminata Dramane Traoré et que j'évoquais dans un commentaire récent (voir le post du 09/12/09)... Des sentiments et des réactions que je retrouve chez bien de mes élèves enfermés par tout le monde dans leur rôle d'enfants en situation d'échec scolaire.
Lors de ces victoires, il devient alors indiscutable que, pour une fois, le Mali aussi peut réussir.

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