Ce que j'adore dans l'architecture, c'est de voir comment, à partir d'une série de contraintes (liées à la fonction, au matériel disponible, etc.), et au travers d'un prisme culturel, peut naître une infinité de formes différentes... Comment ces formes imaginées peuvent varier vis-à-vis de contraintes semblables, ou au contraire comment elles peuvent converger vers des ressemblances étonnantes dans des contextes très différents. C'est un peu comme l'évolution, qui n'a pas fini de me fasciner, par laquelle, du hasard  d'une mutation passée au crible de la sélection naturelle, aboutit toute une diversité de formes parfois très différentes, ailleurs étonnamment similaires.
Le résultat de la contrainte comme catalyseur d'imagination se voit particulièrement bien dans l'architecture, (mais aussi dans les codes vestimentaires ou même les habitudes alimentaires...). Exactement comme l'oulipo, l'oubapo, et toutes les autres formes dérivées d'ouvroirs...

Aujourd'hui, prenons la route vers Hombori et sa région, liée à l'expansion d'un empire qui fut particulièrement puissant en Afrique de l'Ouest (encore un !) : l'empire songhaï. Cet empire fut centré sur Gao et conduit par deux grandes dynasties. Hombori est étroitement liée à la deuxième, puisque c'est l'un des gouverneurs de la région (un hombori koy), Mohammed Touré, qui renversa en 1492 le fils de Sonni Ali Ber, prit le nom d'Askia Mohammed, et fonda ainsi la dynastie des Askia (qui régna jusqu'à 1592 et dont le tombeau familial se visite à Gao).

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L'architecture d'Hombori et des quelques villages songhaï environnant est d'un type assez particulier pour le Mali. Tout d'abord, il s'agit de construction en pierre sèche. C'est que de pierres on ne manque pas dans la région. Ce matériel est d'ailleurs également utilisé pas loin, mais dans des formes très différentes, en pays dogon.
L'autre grand intérêt de l'architecture d'Hombori tient justement dans la forme des bâtiments et leur agencement... Elle provient quant à elle de l'histoire d'Hombori.

A l'effondrement de l'empire, à la fin du XVIe siècle, correspond en effet pour la région une période d'anarchie et de très grande insécurité (les Songhaï étaient notamment persécutés par les Maures à la recherche d'esclaves), ils bâtirent alors des constructions à étages, délimitant des cours centrales repliées sur elles-mêmes et des couloirs donnant aux villages des allures labyrinthiques.

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Ces couloirs, dont la taille n'autorisait pas à y pénétrer à cheval, permettaient de ralentir les assaillants et de pouvoir, rapidement, organiser une défense efficace lors d'une razzia.

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Aujourd'hui, il n'est évidement plus question de lutte contre les assaillants, mais d'une toute autre utilité : ces couloirs facilitent la circulation de l'air et délimitent des coins ombragés particulièrement appréciables et appréciés des vieux qui y passent leurs journées.