Le mardi à Fatoma, chef-lieu d’un ensemble de vingt-cinq villages et capitale d’un arrondissement dans la région de Mopti, devient pour un temps la capitale peule de toute la sous-région !
C’est ce jour-là en effet que se tient son marché aux bestiaux, le plus grand du Mali. Les propriétaires de zébus et de moutons convergent depuis les environs et les animaux échangés repartent alors dans tout le pays et jusqu’au Burkina Faso ou au Niger voisin.

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Comme le marché « Dral », deuxième foire aux bestiaux après celle de Fatoma, qui profite de sa proximité avec la capitale (elle a lieu dans la commune de Kambila, située à 25 km au nord de Bamako), le marché de Fatoma bénéficie lui aussi d’une situation géographique exceptionnelle : il se trouve à quelques kilomètres de Sévaré, point de croisement entre la route qui traverse le pays du Nord au Sud et de la route est-ouest, la « route du poisson », qui se poursuit jusqu’à Ouagadougou au Burkina et Niamey au Niger.

L’emplacement est donc stratégique pour les ventes… il l’est aussi pour la production bovine : Fatoma est située en plein dans le delta intérieur du Niger, constitué de vaste zones inondables qui, une fois la saison des pluies passées, sont couvertes de bourgou (Echinocloa stagnina) une graminée pérenne à haute valeur nutritive et prisée du bétail. Chaque année, lorsque la décrue permet aux bovidés de traverser le fleuve, ils sont conduits dans la zone, dans le cadre d’une grande transhumance, afin d’être engraissés dans les « bourgoutières ». Cette traversée est l’occasion d’un grand rassemblement peul à Diafarabé.

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Comme chaque semaine à Fatoma, beaucoup, beaucoup d’argent passe ainsi de mains en mains et de sacoche en sacoche, le prix des bêtes pouvant atteindre des sommets : 100 000, 150 000, 200 000 F CFA par tête de bétail ! Le tout se fait dans une vaste atmosphère de poussière colorée par les grands boubous que portent les Peuls, accueillants et fiers de vous montrer leurs bêtes. Tous sont dotés d’un bâton légèrement renflé à l’extrémité, dont l’utilité devient vite évidente une fois passé dans l’arène. Les zébus sont rassemblés par centaines, au milieu des acheteurs et des propriétaires, et la tension est palpable : lorsqu’une bête se met à paniquer, mieux vaut être armé du bâton et avoir les réflexes vifs pour ne pas se prendre un coup de corne !

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À ce grand marché aux zébus, correspond également un marché, plus petit, aux moutons qui, les veilles de fêtes religieuses comme la Tabaski, prend toute son ampleur. On y trouve également toutes sortes de vendeurs annexes : les vendeurs de cordes au mètre, de qualité variable, côtoient les vendeurs de bâtons bien sûr, ainsi que ceux de chapeaux peuls ou encore d’eau fraîche...

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Une fois les affaires réalisées et toutes les nouvelles de la semaines échangées, chacun repartira avec son chargement : des gros acheteurs en camion qui s'en iront jusqu'au pays voisin... aux particuliers à mobylette, qui partiront leurs bêtes sous le bras !

lionel
(photo Lionel Roy)