05 novembre 2009
L'architecture rurale cap-verdienne
Quand on pense à l'architecture cap-verdienne, les images que l'on a le plus souvent en tête sont celles de grandes maisons à étage et aux couleurs vives...
Cette architecture coloniale (ou plus généralement urbaine, on en reparlera), correspond aux bâtiments des grandes familles fortunées... L'architecture rurale, bien plus populaire et répandue donc, est tout à fait différente, et au moins aussi intéressante.
Cette architecture se caractérise en premier lieu par des maisons de plain-pied, construites en pierres sèches, c'est-à-dire constituée de grosses pierres plus ou moins rectangulaires, calées sans mortier, simplement avec de plus petits cailloux.
La pierre sèche est vraiment représentative de tous les types de constructions cap-verdiennes : les routes sont le plus souvent pavées de la sorte, les murets qui bordent les allées également.
Il existe deux types de constructions rurales, d'origine différente et représentative des deux influences de la culture cap-verdienne : l'une est d'origine africaine, l'autre européenne.
Côté influence européenne, portugaise en l'occurrence, on a le type de maison le plus courant : la maison rectangulaire.
En pierre sèche donc, avec un toit en paille (et une charpente assez simple, en bois ou en bambou), elle est organisée en 2 pièces : une salle qui sert pour dormir et une autre qui est davantage un lieu de vie.
Il en existe une variante, assez peu répandue et habitée par des personnes aux revenus particulièrement faibles, entièrement constituée de paille...

(merci S.R. pour la photo, prise dans la ribeira de Paul, sur l'île de Santo Antao)
L'autre type architectural est représenté par les funcos. Leur origine serait africaine (sur la base de l'étymologie - dont je n'ai pas trouvé le détail - et sur le fait que ces types d'habitations se trouvent surtout dans les zones où la densité d'esclaves était la plus importante).
Il s'agit de case ronde, d'une seule pièce. Ce type d'habitation est aujourd'hui de plus en plus rare, remplacé par des maisons rectangulaires bien plus confortables.
En voici un exemple, le seul que j'ai rencontré durant mon séjour, sur l'île de Fogo...
La forme d'origine comporte un toit en paille, remplacé de plus en plus par un toit en ciment : au-delà du fait qu'il résiste bien mieux, cela permet également de récupérer les eaux de pluie de façon très efficace !
Si ces habitations se font rares, elles sont néanmoins très présentes dans les images du Cap-Vert : en témoigne le nombre de gamins qui en vendent de petites reproductions aux touristes !
27 octobre 2009
Les villages porcins
A l'heure où le virus de la grippe a contaminé les sujets de conversations... on parle régulièrement du risque que représente le fait de côtoyer la cochonnaille de trop près. Le cocktail le plus explosif étant la triple cohabitation porcino-aviairo-humaine, offrant au virus d'origine aviaire un joli tremplin pour devenir pathogène pour l'homme.
Au Cap-Vert, on ne s'adonne plus à de tels rapprochements depuis longtemps ! A chaque village correspond en effet un groupe d'habitations annexes : des villages porcins où chaque famille possède ses cochons, et vient de temps en temps s'en occuper.
Nous sommes encore à Santo Antao, dans un petit village de la ribeira de Torre.
Et n'allez pas croire que cela ne concerne que les zones rurales : aux grandes villes sont associées des banlieues porcines !
Nous sommes ici à Ponta do Sol, une plus grande ville de la même île.
14 octobre 2009
Les djenné-ferey à l'épreuve de la charte de Venise
Quand on évoque les priorités de conservation du patrimoine à Djenné, on pense tout de suite, comme on a déjà pu en parler plusieurs fois ici, au fait de garder la terre crue comme matériel de construction : que ce soit pour les murs (à préférer à la terre cuite ou au béton) ou pour le l'enduit de crépissage (voir le post du 28 septembre dernier)...
Mais à Djenné, le problème se complique encore : si le choix du banco est primordial... encore faut-il savoir lequel !
En effet, partout au Mali, les briques en banco sont formées en remplissant un moule de bois rectangulaire de 40 cm sur 20 cm (ou 50 sur 25) d'un doux mélange d'argile, de beurre de karité et de balle de riz laissé macéré quelques jours.
Le moule est retiré quasi immédiatement, et les briques sont laissées à sécher.
On obtient ainsi des toubabou-ferey, c'est-à-dire des "pierres des Blancs" ("toubabou", qui viendrait d'un mot wolof voulant dire "blanc", étant le petit nom donné aux Occidentaux).
Pourquoi "toubabou" ? Justement parce que ce type de brique n'est utilisé que depuis les années 1930 selon une technique apportée par les colons. Jusqu'alors, on utilisait un modèle spécifique à la ville : les djenné-ferey ("pierres de Djenné"), qui avaient une forme grossièrement cylindrique, d'une dizaine de centimètres de haut, et qui étaient moulées à la main...
La composition du banco était un peu différente aussi et nécessitait de la poudre de pain de singe (le fruit du baobab) pour accroitre la résistance des briques.
On en trouve encore en jetant un œil attentif au crépi détérioré...
A vrai dire, René Caillié, dans le second tome du récit qu'il a fait de son périple vers Tombouctou, décrit une autre technique de construction (dont je n'ai cependant jamais entendu parler ailleurs) : "Tous les villages sur cette route, depuis Oulasso jusqu'à Jenné,
sont construits en briques séchées au soleil. Ces briques, longues d'un
pied, larges de huit pouces, et épaisses de deux et demi, sont faites
sans le secours d'un moule : la terre étant délayée à une consistance
convenable, les fabricants [sic] en étendent sur le sol des couches très
longues ; et à moitié sèches, ils les coupent, et les tournent de côté
et d'autre pour en terminer la dessiccation."
Il s'agirait d'une technique intermédiaire : des briques quadrangulaires donc, mais moulées à la main...
Toubabou-ferey versus djenné-ferey : le dilemme djennenke !
La référence en matière de conservation du patrimoine est en effet la charte de Venise (charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites édictée en 1964, et qui fait encore aujourd'hui référence en la matière). Or, à la lire, elle est la synthèse de deux visions différentes qui, dans certains cas, peuvent s'avérer plutôt contradictoires.
Et ça l'est justement à Djenné.
Ainsi, les puristes, s'appuyant notamment sur le fait que Djenné est classée par l'Unesco comme patrimoine mondial, se battent pour que les djenné-ferey soient utilisés comme matériaux de construction - si ce n'est pour les nouveaux bâtiments, au moins pour les projets de restauration. C'est ce qui est défendu par l'article 9 de la charte selon lequel toute restauration doit se fonder "sur le respect de la substance ancienne".
Or en 1997 a commencé un vaste chantier de restauration (financé par le Muséum national d'ethnologie de Leyde aux Pays-Bas), où l'on a systématiquement utilisé le toubabou-ferey.
Le cas n'est d'ailleurs pas nouveau puisque la mosquée elle-même a déjà été rénovée avec des briques rectangulaires (d'abord l'aile ouest en 1978, puis le minaret central en 1980).
Si l'on imagine bien que les matériaux utilisés sont un aspect évident du type d'architecture et qu'à ce titre, la technique du djenné-ferey fait partie du patrimoine djennenke, utiliser ces briques traditionnelles n'est pourtant pas évident.
En effet, Djenné n'est pas seulement un patrimoine à préserver... c'est aussi une ville ! Ses bâtiments sont la propriété de personnes qui vivent avec leur temps : or aux temps sont liés des usages, des contraintes... et les temps changent justement.
L'article 5 de la charte de Venise insiste sur ce point en précisant qu'il est absolument primordial que tout bâtiment conserve sa fonctionnalité, et précise même que "c'est dans ces limites qu'il faut concevoir et que l'on peut autoriser les aménagements exigés par l'évolution des usages et des coutumes".
Or justement, les usages et les coutumes ne plaident plus du tout en faveur des djenné-ferey :
- Le tout premier inconvénient avancé est le coût de construction : le temps nécessaire à la fabrication d'un bâtiment en toubabou-ferey est en effet considérablement plus court qu'avec des djenné-ferey qui "ne permet[tent] de monter que 60 cm de mur chaque jour" (dixit cet article). La poudre de pain de singe est elle aussi source de dépenses accrues.
- Par ailleurs, les djeney-ferey résistent moins à la pression que leurs équivalents rectangulaires. Les habitations de Djenné étant traditionnellement à étage, la base des murs doit donc être suffisamment large pour supporter le poids de l'édifice. Cela réduit donc les espaces disponibles : les chambres obtenues sont de petites dimensions, souvent trop petites pour y mettre un lit et une armoire comme il est d'usage aujourd'hui. Les murs construits avec des toubabou-ferey permettent au contraire de bâtir des murs bien droits et de gagner de l'espace à la base : ils font 60 cm de large, contre 80 cm à 1 m pour ceux en djenné-ferey.
A noter que le rendu extérieur, ces formes cursives propres au banco, est relativement semblable quelle que soit la technique utilisée : les formes douces et arrondies des murs sont obtenues immédiatement avec des djenné-ferey (les murs ont presque une forme conique), ce qui nécessite quelques crépissages pour les murs aux arêtes initiales plus franches des bâtiments en toubabou-ferey.
Il devient donc difficile de trancher quant à savoir s'il faut ou non exiger de toute restauration qu'elle reprenne l'utilisation des djenné-ferey !
Quoi qu'il en soit, cette technique n'en demeure pas moins une part fondamentale du patrimoine culturel de la ville, et la conservation de ce savoir-faire est une véritable urgence : il n'y a plus aujourd'hui à Djenné qu'un seul maçon maîtrisant cette technique !
Joseph Brunet-Jailly (membre fondateur de Djenné-Patrimoine), en introduction au livre de photos de Marli Shamir, Djenné-ferey, la terre habitée, écrit : "la génération actuelle des maçons de Djenné sait qu'il lui appartient d'organiser d'urgence le transfert du savoir ancestral entre le vieux Boubacar Touré et les jeunes. Ce dernier est en effet le seul maçon de Djenné qui conserve la connaissance de la technique originale pour avoir, dans sa jeunesse, travaillé sur des chantiers utilisant les bonnes pratiques ancestrales. Déjà, en mai 2002, un premier chantier-école eut lieu qui permit de construire en djenné-ferey un bolon, cette pièce qui, à l'entrée de la cour, donne sur la rue."
(Photo du détail d'un panneau de la mission culturelle)
Ce premier chantier-école d'un mois, dans le quartier de Djoboro, fut un premier coup d'essai. Il doit être suivi d'un second, particulièrement ambitieux : "le bareyton, la corporation des maçons, a formé avec l'association Djenné-Patrimoine le projet de construire en djenné-ferey une Maison du patrimoine qui serait immédiatement le symbole d'un effort entrepris par tous les corps de métier de Djenné, pour redécouvrir les techniques anciennes [...]", poursuit Joseph Brunet-Jailly.
Un projet qui a reçu en mai 2008 de la part de l'Etat français l'assurance d'être financé à hauteur de la moitié du budget. L'association Acroterre, Djenné-Patrimoine et le barey ton en financeront 20 %. Une souscription s'est ouverte afin de trouver les 30 % restants (bulletin et descriptif du projet à télécharger en PDF sur cette page).
10 octobre 2009
Le barey ton à l'action
Crépissage, au pied, d'un toit de Djenné.
Tchin tchin !
C'est là le 200e message de ce blog !
Nom d'un gnou ! 200 !
08 octobre 2009
Les mosquées abandonnées
Dans un post précédent (celui sur la mosquée de Djenné), je vous disais qu'on ne détruisait pas, autant que possible, une mosquée. C'est un lieu de culte, et les murs ont, avec le temps, accumulé les prières.
Plutôt que de l'abattre à coup de daba, on préfère donc laisser au temps (dans tous les sens du terme) le soin de faire disparaître le bâtiment.
En voici un exemple, dans le village de Kolokani (dans le Mandé)...
03 octobre 2009
La mosquée de Djenné
On s'en est approché, on en a déjà parlé, on tourne autour depuis un moment maintenant... Allez, ne jouons pas les snobs et ne boudons pas le plaisir de traîner autour du plus grand édifice en banco du monde !
Bien sûr que d'autres, plus petites, sont tout aussi belles... et bien sûr aussi que ces autres, tout aussi belles, sont également moins connues, mais elle a quand même une sacrée allure, cette grande mosquée de Djenné !
Située en plein cœur de la ville, elle n'a absolument rien d'une construction dont l'origine se perdrait quelque part dans la nuit des temps. Ses travaux furent commencés en octobre 1906 et achevés à la fin de l'année suivante : toute jeune et sans une ride, elle vient à peine de fêter son centenaire !
Retraçons son histoire en quelques mots : sur le site de l'actuelle mosquée, plusieurs se sont succédé. La première a avoir été construite à cet emplacement le fut en 1280, à la demande du 26e roi de Djenné, Koi Komboro. Tout juste converti à l'islam, le roi transforma son somptueux palais en lieu de prière...
Mais quand le Peul Sekou Amadou prit Djenné dans le cadre de sa guerre sainte (en 1819) et qu'il fonda l'empire théocratique du Macina, il ordonna aussitôt la destruction de la mosquée. Radical parmi les radicaux, il considérait que la ville, pourtant convertie à l'islam (c'est même là qu'il reçut son enseignement coranique), n'était pas assez pieuse, et que l'origine du bâtiment n'était pas digne de sa vocation religieuse...
Il ne reste de la première mosquée que l'enclos dans lequel sont enterrés les grands imams et chefs locaux.
A vrai dire, on ne détruit pas une mosquée. On cesse de l'entretenir. Et dans le cas d'une mosquée en banco, cela revient très vite au même : à défaut d'un crépissage régulier, le bâtiment se détériore rapidement (voir post précédent). Pour accélérer le processus, on cesse même de boucher les trous d'aération du toit (il y en a 104 dans l'actuelle mosquée), laissant ainsi la possibilité à l'eau de s'engouffrer dans l'édifice.
Quand René Caillié pénètre dans Djenné, en 1828, il la décrit comme "abandonnée à des milliers d'hirondelles qui y font constamment leurs nids. Ce qui y produit une odeur infecte". Et quand le colonel Archinard, 65 ans plus tard, pénètre dans Djenné, il ne reste alors "que les ruines de l'édifice du côté ouest de la place centrale" (source : article malikounda).
Voici deux photographies des ruines de l'ancienne mosquée, prises en 1893-1894 par le Dr Rousseau (médecin de la première garnison française stationnée à Djenné)... elles sont issues de cette page de Djenné Patrimoine, où vous trouverez quantité d'images d'archives de la ville.
En 1896, une grande restauration fut effectuée pour refaire la mosquée à l'identique de la précédente. Mais elle fut de nouveau abandonnée, en 1906 donc, au profit de la construction de l'actuel fleuron de l'architecture en banco, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1988.
Voilà donc comment, aujourd'hui, se dresse en plein cœur de la ville cette grande mosquée carrée de 75 m de côté, de 20 m de haut, et protégée par un toit sur la moitié de sa surface... taillée pour pouvoir accueillir un millier de fidèles.
Splendide. Énorme. La première fois qu'on la voit on est pris de cet étonnant sentiment d'avoir devant soi une image vue mille et une fois.
Mais le mieux pour en profiter est de revenir lundi, sa plateforme surélevée de 5625 m2 est alors tout ce qui lui permet de ne pas être noyée au milieu de tous les étals du marché !
28 septembre 2009
Cuite ou crue ?
La dernière fois que je suis allé à Djenné, j'ai été particulièrement frappé par une tendance que je savais pourtant en vogue : les façades en briques de terre cuite.
Je ne sais pas si c'est parce que j'avais le regard sensibilisé ou si c'est le signe que cette mode, en un an, s'est élevée au rang de généralité, mais j'ai trouvé ce type de façade particulièrement répandu.
Des parements de briques cuites à tous les coins de rues... "Cuite", le mot honni dans cette ville de terre crue !
C'est en effet, un des grands combats actuels pour tout ceux qui tentent, vaille que vaille, de préserver l'architecture typique djennenke. Je pense notamment aux surmotivés de la mission culturelle et de l'association Djenné Patrimoine.
Deux exemples s'élèvent en particulier en grands témoins de l'horreur, deux bâtiments construits en plein cœur de la cité, narguant la grande mosquée : tout d'abord, la bibliothèque de parchemins (ils ont quand même eu la présence d'esprit de crépir la face exposée vers la mosquée).
Ou pire encore, la banque BIM qui, en plus de sa façade et malgré ses airs soudanais, ne répond à aucun des codes architecturaux de la ville (ceux qui semblent être suivis le sont en fait de travers...). Cet agence attirent toutes les foudres (un ami de la mission culturelle me disait être prêt à poursuivre son propriétaire devant les tribunaux), ce bâtiment ayant été, c'est peut-être pour ça que la pilule passe mal, construit par le barey ton (c'est-à-dire l'association des maçons de Djenné, spécialistes et garants de l'architecture de la ville, dans Djenné et même ailleurs : ils ont ainsi bâti la mosquée Komoguel de Mopti (voir post du 21/12/07)).
C'est que Djenné, traditionnellement, est uniquement construite en banco. Et quand je dis "entièrement", c'est que les bâtiments (et ce n'est pas une particularité de la ville) sont non seulement faits de briques de ce type de terre crue (le banco, voir ce post, est un mélange d'argile, de balles de riz, de pailles, le tout laissé pourrir et, si c'est fait dans les règles de l'art, mélangé à du beurre de karité), soudées par un mortier en banco lui aussi, mais en plus crépies avant chaque saison des pluies d'un revêtement... en banco !
Ce crépissage, pénible et coûteux puisqu'il doit avoir lieu tous les ans, est indispensable : la moindre fracture serait sinon un passage pour l'eau, et le bâtiment se réduirait alors rapidement en un amas de boue.
Depuis longtemps les constructions de la ville avaient déjà à souffrir d'économies (parfois indispensables pour une famille) réalisées en premier lieu sur la qualité du crépissage : le beurre de karité est ainsi souvent oublié de la liste des ingrédients. Mais l'enduit perd alors de son imperméabilité, qui est censée être justement sa vertu première.
A Mopti, ils ont vu les choses autrement, et n'y sont pas allés par quatre chemins ! C'est l'époque qui voulait ça : en 1974, il a été décidé, afin d'éviter d'avoir à recrépir chaque année, de couvrir le haut de la mosquée Komoguel d'un revêtement en ciment !
Je n'ose imaginer les suées qu'ils ont dû avoir à la mission culturelle de Djenné !
Seulement si le ciment avait été une solution, ça se saurait... et tous les crépis du pays en seraient constitués ! Ce fut en fait un désastre : l'eau s'est infiltrée sous le ciment, et a causé des
dommages qui sont restés longtemps inapparents. Le problème fut d'autant plus
sérieux qu'on en a rajouté une couche (dans tous les sens
du terme) en 2003 et l'édifice dut alors supporter un poids considérable sur
une structure plus que fragile...
Je vous invite à aller jeter un
œil sur le compte rendu de l'association Djenné Patrimoine à ce sujet (c'est de ce dossier qu'est issue la photo d'archives ci-dessus).
Aussi, en 2006 une rénovation d'urgence s'imposa (financée par le Trust Aga Khan for Culture, dans le cadre d'un vaste projet de réhabilitation du patrimoine architectural malien) afin de remettre en état la mosquée sur le point de s'effondrer.
Mais revenons-en à nos moutons... En ce moment, Djenné se cache sous ses briques.
Face à ce choix esthétique discutable après tout, la réponse récurrente des tenants du cuit est qu'un tel investissement évite bien sûr les crépissages annuels (là, rien à dire...), mais qu'en plus il serait plus solide que le banco et, à terme, plus rentable.
Seulement c'est là que le bât blesse, et deux fois même : il se produit en fait avec ce revêtement en briques cuites à peu de chose près ce qui avait été observé avec le revêtement en ciment : l'eau s'infiltre par-dessous (d'autant plus facilement que les briques adhèrent peu au banco) et endommage l'édifice sans que cela soit apparent.
Il n'y a qu'à s'approcher de la porte du complexe scolaire Sory Thiocary de Djenné (la 4e photo de ce post) : le parement est récemment tombé en bas de la porte d'entrée (preuve de cette mauvaise adhérence), et l'on découvre, en dessous, une construction en banco particulièrement détériorée (les pluies n'avaient pas débuté à Djenné lorsque j'ai pris cette photo, on ne peut donc incomber à l'hivernage les dégâts observés).
Reste donc l'argument du coût...
Olivier Scherrer, constructeur spécialisé dans la terre et l'un des responsables de l'association ACROTERRE, avec qui j'avais passé une soirée à discuter banco lors de mon premier passage à Djenne, achevait ce soir-là un séjour où il avait étudié en long en large et en travers les coûts des différentes solutions (crépissage de qualité, crépissage sans karité et couvert de briques cuites).
Il en ressortait que les briques cuites coûtent 14 fois plus cher qu'un crépissage en banco (196 FCFA/m2 pour un enduit traditionnel en banco de qualité contre 2808 FCFA/m2 pour un parement en briques cuites : tous les détails sur cette page). L'intérêt d'investir dans un tel parement est donc d'économiser les futurs crépissages annuels successifs... Mais un tel revêtement n'est finalement rentable qu'au bout de 14 ans, et à condition de n'y avoir jamais touché entre-temps ! Or, non seulement l'expérience montre que des travaux d'entretiens sont toujours nécessaires, mais qu'en plus ils mettent à jour des problèmes de structure coûteux puisque issus de détériorations non remarquées...
Cuite ou crue donc ? Ai-je à préciser mon choix...
D'autant que le crépissage annuel de la mosquée de Djenné donne lieu à un spectacle sensationnel (voir ici pour le récit, ou ici pour le magnifique travail photographique de Christien Jaspars), auquel je rêverais d'assister cette année !
Une future page pour ce blog ?
23 septembre 2009
Trois mosquées sur la piste de Macina
Voici 3 des mosquées croisées sur la piste Macina-Djenné, dont nous parlions dans le post précédent.
Trois mosquées dans le plus pur style soudanais... On en croise un nombre impressionnant sur la route. Celles-ci sont celles qui m'ont le plus marqué. Elles resteront cependant anonymes, puisqu'il m'est impossible de remettre la main sur le morceau de papier sur lequel j'avais noté rapidement le nom des villages.
Les 3 photos suivantes correspondent à 3 prises de vue différentes de la même mosquée, entièrement crépie de banco gris : nous étions alors à hauteur de San (voir la carte du Mali), dont c'est la couleur de crépissage (voir post du 17/09/09)
C'était en plein après-midi, et le cagnard s'était abattu dans la région. Il ne semblait n'y avoir pas âme qui vive en arrivant...
Mais il ne faut pas se fier à ce genre d'impressions : à peine le premier gamin croisé, et avant même d'avoir le temps de nous retourner, l'annonce de notre venue avait déjà fait (plusieurs fois) le tour du village !
17 septembre 2009
La mosquée de San
Quand je vous dis que San regorge d'intérêts !
Poussez la curiosité, et la pause, jusqu'à entrer dans la ville : vous vous retrouverez au centre d'un monde crépi de banco gris.
Les amoureux d'architecture de terre seront aux anges, et comme si ça ne suffisait pas, en plein milieu de la place principale bordée d'arbres, se dégage l'une des plus belles (en tout cas des plus grandes) mosquées en banco du pays (voir post du 22/01/08)...
Elle est un exemple de mosquée soudanaise tout ce qu'il y a de plus typique, criblée de terrons en rônier et arborant fièrement des œufs d'autruche à ses sommets (voir post du 28/11/07). La taille de la mosquée est d'autant plus impressionnante que la plupart des maisons de la ville, à la différence de Djenné, n'ont pas d'étage.
A vrai dire, il semble incroyable que cette construction puisse passer aussi inaperçue. C'est vrai que la concurrence est rude : la si célèbre mosquée de Djenné n'est pas loin, et les 2 villes voient fleurir leur marché le même jour (le lundi).
Cela dit l'atmosphère de San profite justement de l'ombre de sa voisine : on s'y promène tranquillement, sans être harcelé par les rabatteurs de tout poil... et l'on finit immanquablement par regretter de n'y être que pour une pause !
11 septembre 2009
En pays bobo...
Jusqu'à présent San n'avait toujours été pour moi qu'associée à une route interminable, ou, au mieux, à une pause casse-croûte...
J'ai cette fois-ci ouvert les yeux. Pourquoi ne l'avais-je pas fait avant ?
Je me suis alors retrouvé en plein cœur du pays bobo !
A mon retour, il m'a fallu quand même mettre un peu d'ordre dans tout ça, puisqu'en cherchant des informations, difficile de faire le tri dans les innombrables appellations et toutes les contradictions sur le sujet ! Il fallait déjà comprendre à quelle ethnie nous avions affaire : pour certains guides il s'agissait bien des bobos, mais pour d'autres vivaient ici des bwas (à ne pas confondre avec les bobos), sachant que pour d'autres encore bwas et bobos, après tout, c'est du pareil au même.
Ajoutez à ça un nombre interminable d'appellations commençant toutes par bobo (y compris pour les bwas !) : des bobo fing aux bobo gbé, en passant par les bobo wilé, les bobo tara, les bobo niénigé, les bobo kian, les bobo rouges, les bobo noirs... Allez ! Tout le monde il est bobo, tout le monde il a 3 noms, et tout le monde il comprend plus rien !
Finalement (la prochaine fois, je leur demanderai !), il semblerait que les bobo et les bwas soient effectivement deux ethnies bien distinctes, et qu'à San on soit bel et bien en pays bobo ! S'il y a des bwas à chercher au Mali, ça serait plutôt du côté de Sikasso. Les bobos, principalement établis au Burkina (tout comme les bwas), sont environs 50 000 dans la région de San.
Visiblement, la confusion viendrait d'une ancienne appellation des bwas, appelés alors "bobo wilé" (bobos rouges), par opposition aux bobos (qui eux prenaient le petit nom de bobo-fing, c'est à dire les bobos noirs).
En tout cas, la confusion et les contradictions sont telles qu'il est à se demander si ce n'est pas voulu pour entretenir le mystère : les bobos sont connus, en effet, pour être secrets et peu causants, leur nom en bambara (les bobos parlent une langue mandée, au même titre que le bambara, le malinké, etc) voulant dire "muet"...
Leurs croyances sont assez surprenantes puisque selon eux, le créateur du monde (Wuro) aurait d'abord créé un forgeron. Celui-ci demanda un acolyte, et c'est alors seulement qu'un second humain fut créé, un agriculteur : un bobo.
Étonnant donc qu'une ethnie ne se mette pas au centre de son propre système de création !
Un monde créé et laissé en gérance d'ailleurs, puisque Wuro, une fois sa tâche accomplie, s'est retiré en laissant l'entretien et le service après-vente à 3 de ses fils (un pour aider l'Homme, un autre, esprit de la nature, et enfin un troisième, représentant de sa puissance divine)...
Si vous passez par là, donc, profitez du coin et ajoutez un nouveau jeu à votre parcours. La route sera bien plus intéressante et plus agréable à regarder que le compteur kilométrique : les bobos, cultivateurs de mil, de sorgho, de coton, ont l'habitude d'avoir des greniers ornementés ! Ils ont des formes assez originales (renflés souvent, ou au contraire un peu creusés au centre) et présentent des motifs en relief assez originaux.
L'organisation des villages est assez intéressante aussi, et correspond bien à leur réputation mutique :
les concessions sont entourées d'un muret qui donne l'impression qu'elles sont assez renfermées sur elles-mêmes, et, les murs s'enchaînant, les
villages bobos donnent la sensation parfois d'être quasi impénétrables...
Les greniers sont une figure architecturale incontournable des villages maliens. On parle souvent des greniers dogons, ceux des bobos valent à eux seuls le détour !
















































