06 décembre 2008
Place à l'harmattan
Il y a, pour faire court, 3 saisons au Mali.
Je dis "pour faire court" parce qu'on pourrait ajouter de petits épisodes climatiques comme la petite saison chaude d'octobre, et parce que le Mali est un grand pays, sous diverses influences climatiques (saharienne, sahélienne et soudanaise). Il pleut ainsi dans la région de Sikasso (SE du Mali) autant que dans tous le reste du pays : un climat bien différent que celui de Tombouctou et de toute la région nord désertique.
3 saisons principales donc :
- Une saison chaude et sèche, de mars à juin environ (avec un pic de chaleur aux environ d'avril),
- la saison des pluies (l'hivernage) de juin à Septembre
- et une saison froide, d'octobre à février (avec un pic de fraicheur vers Décembre) .
Nous sommes en ce moment dans la saison fraiche... plus précisément, nous y sommes entrés en son cœur jeudi... et pour l'être encore davantage : dans la nuit de mercredi à jeudi !
Drôle d'apparition, alors que nous avions perdu l'habitude de nous demander le temps qu'il ferait et comment il faudrait s'habiller : légèrement de toute façon, le ciel serait bleu et les températures bien au-delà de la trentaine.
Quel ne fut donc pas notre surprise jeudi matin, en nous réveillant blottis dans les draps, et en croisant des maliens emmitouflés dans des doudounes, voir calfeutrés dans des cagoules : l'harmattan était arrivé !
Bon, évidemment, pour ceux qui me lirait d'ailleurs qu'au Mali, ce froid est tout relatif... c'est qu'à l'heure où je vous parle, il fait 16°C !
Cependant même s'il est relatif, il est bien froid pour autant. Combien de mort en France lorsque s'y trouve des températures caniculaires avoisinant celles de la saison chaude ici (mais combien de mort ici également ?)... selon l'IRD, l'arrivée de ce vent serait responsable de l'épidémie de méningite qui frappe l'Afrique de l'ouest chaque année, affectant 25 000 à 20 000 personnes (principalement les jeunes enfants).
Le Mali transformé par le froid, mais pas seulement...
l'harmattan est un vent de la famille des alizés, ces vents intertropicaux déviés par la force de Coriolis et qui soufflent du nord-est au sud-ouest dans l'hémisphère nord (ce sont les petites flèches bleus).
L'harmattan provient quant à lui du Sahara... il véhicule alors une quantité de poussière phénoménale.
Jeudi matin, nous nous sommes réveillés dans le froid donc, mais également dans un nuage de poussière pour le moins impressionnant !
On se serait cru dans un brouillard de montagne, on ne voyait pas le bout de la latérite !
Je suis monté en haut de la colline du point G, d'où l'on a habituellement un beau point de vue sur la ville...
On y distinguait plus que les premières rangés d'habitations, mais le reste de la ville semblait avoir été gommé : Une atmosphère grise, froide, la tête dans le brouillard... je connaissais la saison froide, cette année nous aurons un hiver !
Note : étonnant ! Au moment où le froid et le vent s'emparent de Bamako... les mêmes font main basse sur Pékin, nous raconte Camillenchine ! Un autre exemple de la ChinAfrique ?!
30 octobre 2008
En attendant...
En direct de Vienne, où je m'offre 10 jours sur le thème du Jugendstil, et de l'architecte Otto Wagner en particulier.
Je serai de retour très bientôt pour 1 série d'1 lieu par jour sur ce thème...
En attendant, je vous encourage à aller feuilleter les pages virtuelles du livre Bamako et au-delà,
splendide recueil de photos réalisé dans le cadre du premier atelier international de la photographie qui a été organisé par le CFP de Bamako l'an passé.
Profitez-en également pour visiter le site de Sébastien Rieussec !
Il s'agit d'un des photographes ayant animé l'atelier...
Vous y trouverez notamment un travail en cours particulièrement intéressant, réussi et prometteur, sur un thème fascinant et dont j'ai déjà eu l'occasion de parler quelques fois : les Chinois à Bamako !
Sébastien Rieussec vient d'être récompensé d'un "coup de cœur du Jury" dans le cadre d'un concours organisé par Afrique in visu et Correspondants.org. Vous trouverez les photos de ce concours et de sa série en particulier sur le site intimités-francophones.
Voilà donc quelques liens où j'espère vous prendrez plaisir à vous perdre.
A faire partager !
07 février 2008
Que fait la Chine en Afrique ?
A plusieurs reprises (notamment lors du grand Forum sur la coopération Chine-Afrique de 2006 ou de l'exemple particulièrement représentatif et saisissant de la marque d'eau Oasis), j'ai pu vous parler de la relation Chine-Afrique, de plus en plus importante au Mali.
Pour aller plus loin et comprendre l'intérêt Chinois d'investir et d'être présente au Mali et en Afrique en général, voici une émission du dessous des cartes très intéressante (comme toutes ces émissions !) sur le thème "Que fait la Chine en Afrique ?"
Dessous des Cartes - QUE FAIT LA CHINE EN AFRIQUE
C'est une émission à voir à la lumière d'une seconde sur la présence américaine en Afrique.
Je vous conseille également de regarder les autres épisodes de cette émission sur l'Afrique.
08 novembre 2007
Oasis, une eau purement... "malienne" ?
Qui est pure naturelle… n’est pas forcément naturellement pure !
Proverbe chinois ?
Voilà que débarque au Mali une nouvelle marque de bouteille d’eau « Oasis, Eau Pure Naturelle »… Si typique !
Nous connaissions ici « Diago », et « Tombouctou », des eaux minérales naturelles largement testées et approuvées. Diago est exploitée par Volvic et puisée dans les monts manding…
Alors voici dorénavant « Oasis »…
« Oasis est une Eau Pure Naturelle soigneusement filtrée par de grandes machines spécialisées se qui confère sa qualité d’eau pure naturelle »… (sic)
Il fallait oser !
Ca aurait pu rester du domaine de l’anecdote rigolote… une production « façon-façon » franchement malienne comme on en rencontre tant.
Seulement à y regarder de plus près…
... on apprend rapidement que c’est une entreprise chinoise qui exploite cette eau non loin de Bamako, sur la route de Bougouni. Et l'arrière-gout devient douteux quand on s'aperçoit qu’il ne s’agit en aucun cas d’une eau minérale et naturellement filtrée comme l’est celle de Diago ou de Tombouctou, mais d’une source d’eau superficielle : la même que celle dont on tire l'eau des puits !
L'eau de puit en bouteille, il fallait y penser !
Rassurez par l'autorisation du ministère de la santé inscrit sur l'étiquette ? Sachez que "ce produit, à ma connaissance a été seulement immatriculé. Ce qui ne constitue guère une autorisation de mise en consommation" dixit le directeur général du laboratoire national de la santé".
Pour y croire, il fallait l'entendre !
Autre caractère si typique...
je vous en avais parlé il y a tout juste 1 an, à l’occasion du grand forum sur la coopération Chine-Afrique : depuis quelques temps, les investissements chinois en Afrique augmentent de façon exponentielle.
Des grands mots de co-développement, beaucoup de cynismes… et voilà le travail :
C’est dans le domaine du BTP qu’ils ont commencé à investir en masse : la chine (voir l'union européenne) finance au Mali de beaux nouveaux jolis ponts (le futur 3e pont de Bamako à Sotuba, le pont de Gao...), de bons gros bâtiments flambants neufs (le palais des expositions) ou des routes hight tech… et une entreprise chinoise débarque pour remplir le contrat.
Magnifique ! Le Mali se voit ainsi doté de magnifiques infrastructures opérationnelles, de retombés en termes d’emploi, de qualification de main d’œuvre !…
..sauf que...
L’entreprise vient finalement avec l’ensemble de ses employés, si ce n’est de ses matériaux !
La seule retombée pour le mali est donc une infrastructure neuve, c'est bien entendu déjà beaucoup, mais cela ruine du même coup toute possibilité de développement d’entreprises maliennes, très peu d'emplois créés, aucune qualification, et
Du co-développement... du développement, quoi... Mais peu de développement malien !
Oasis est typique donc, puisque dans le cas présent, les employés sont en grandes parties chinois, les emballages plastiques, les étiquettes, les produits d’entretiens et d’exploitation de l’eau sont tous fait venir de Chine !
Allez, rebuvons un coup. Et ne pas s'inquiéter si le gout sur la langue vous fait penser que le pire reste à venir.
La réalité n'est bien sur pas aussi cartésienne...
Alors à défaut d'être optimistes, soyons typiques nous aussi, soyons fatalistes...
sources :
Eau pure naturelle oasis : miracle ou mirage ?
Les con-sommateurs en danger
07 novembre 2006
Pour le meilleur ou pour le pire
J'ai du la mettre trop fort ! Alors que depuis quelques jours cette chanson de Katie Melua couvre (et de plusieurs couches successives !) les murs de ma maison et remplie plus qu'il n'en faut les patientes oreilles de mes voisins... voilà qu'a été organisé ce week-end à Pékin, un grand forum sur la coopération Chine-Afrique : le FCCA !
Pour l'occasion, Beijing a donc lâché les girafes et fait retentir les tam-tams, un grand pestacle comme les chinois savent en faire et seul le parti sait en organiser ! L'occasion d'officialiser la Chinafrique à travers un "pacte de Pékin" plein de promesses et de sceller un partenariat stratégique pour "une égalité politique, une confiance mutuelle, une coopération économique gagnant-gagnant et pour des échanges culturels" !
Tout un programme donc, en présence de 41 chefs d'états et de gouvernements africains (dont notre Amadou Toumani Touré nationale) !
Pour le coup, c'est vrai qu'il y a à Bamako une vraie présence chinoise et qui, aux dires de ceux qui sont là depuis quelques temps, est toute récente. Quelques années à peine.
On ressent donc ici parfaitement cette essor démographique et cette boulimie d'investissement se produisant dans toute l'Afrique et décrit dans nombre d'articles (les échanges commerciaux Chine-Afrique ont triplé depuis 2000 !).
En témoigne la construction puis la restauration du palais des congrès de Bamako, inauguré en 95 et construit par la COVEC (mais financé pour l'essentiel par la France), une société d'état chinoise.
"un beau fleuron de la coopération sino-malienne et le symbole par excellence de la coopération sud-sud"...
coopération sud-sud, partenariat gagnant-gagnant... mouai...
Mais bon, pour être honnête, à Bamako, cela se traduit surtout par la multiplication des lampions rouges qui fleurissent de toute part.
De sympathiques petits bars-restaurants chinois qui font autant de petits que les restos japonais à Paris.
Le seul petit détails étant qu'elles illuminent d'authentiques... bordels !
A l'instar de ces établissements, je me demande donc dans quelle mesure ces relations seront véritablement "gagnant-gagnant"... dans quelle mesure n'est-on pas en train d'assister à un néocolonialisme d'une Chine boulimique ?
Je ne suis absolument pas au fait des détails de ce fameux pacte établi, ni d'ailleurs à même de distinguer lequel de ces détails pourrait être bénéfique ou néfaste pour le Mali.
Mais c'est juste que mon petit doigt me demande si le doublement des aides financières est vraiment ce dont l'Afrique a le plus besoin...
Et autant on peut s'interroger des effets de la permanente ingérence étrangère en Afrique... autant on peut être bien pessimiste également quant aux aides accordées et aux accords signés sans aucun regard sur leurs utilisations (notamment au Soudan dont la Chine est désormais le premier partenaire économique...).
M'enfin ! L'heure est à la fête, alors goutons aux petits fours et souhaitons le meilleur après tout !
Et pour que "le dit du magot" fête aussi la Chinafrique à sa façon et accentue lui aussi, y a pas de raison, les relations bilatérales sino-africaines... je vous laisse continuer votre lecture directement en plein coeur de l'empire du milieu : un petit blog sympa comme tout d'une Camillenchine, découverte par hasard au détour d'un clic de souris il y a une petite semaine, et dont je me régale des nouvelles !
Camille-en-Chine... Katie Melua... le sommet Chine-Afrique... je vous le demande : hasard ou réalité scientifique ?!!
Et tenez, ma collègue de SVT qui finit son contrat d'expatrié cette année, vient de remplir ses dossiers de mutation.
Pour où ?
Allez, je vous le donne en mille !






