24 juin 2009
Sortie des marionnettes à Farako # 3
Suite et fin de la série sur la sortie des marionnettes qui a eu lieu à Farako, le 24 mai dernier.
Le meilleur pour la fin : puisque le moment était exceptionnel pour le village... Il fallait donc que les marionnettes soient à la hauteur de l'événement !
A cette occasion, clou du spectacle, une marionnette d'oiseau était présentée au public. Le moment était particulièrement fort puisque cette marionnette a toute une histoire et n'avait pas été sortie depuis... 107 ans et 4 mois !
Toute l'assistance était en effervescence, quand un des vieux du village a pris la parole pour en raconter l'histoire.
A en croire le chant des griottes que vous entendez sur la vidéo, il s'agit d'une cigogne d'Abdim (baninkono en bambara, banin voulant dire fromager et kono, oiseau). Elle fut à l'origine d'un conflit qui opposa le roi de Sékoro et celui de Farako : ce dernier voulant prendre à son rival de l'ancienne capitale du royaume bambara sa plus belle marionnette. Ce ne fut possible que par une guerre qui fit de nombreux morts...
L'ambiance était à son comble dans le public : un mélange d'excitation et d'émotion. La file indienne de danseurs qui introduit la marionnette n'était pas constituée des jeunes du village cette fois-ci, mais par tous les vieux réunis.
Je vous laisse découvrir ce moment en vidéo.
A voir de bout en bout avec le son : le chant des griottes y est splendide !
17 juin 2009
Sortie des marionnettes à Farako # 2
Petite sélection de marionnettes présentées à Farako le 24 mai dernier...
Comme j'ai pu l'entendre un nombre incalculable de fois en 3 ans :
"he, mon ami !
c'est pour le plaisir des yeux !"
14 juin 2009
Sortie des marionnettes à Farako # 1
Il y a 3 semaines, je suis allé à Farako, un village bambara situé à quelques kilomètres de Ségou. L'occasion bien sûr d'y retrouver l'ami Salif...
Mais arrivés sur place, nous avons trouvé les latérites vides. Quelques coups de feu au loin nous apprirent que le village n'avait pas été déserté, et en s'approchant nous avons fini par entendre sonner les tambours : nous tombions, par le plus merveilleux des hasards, sur l'anniversaire de l'école fondamentale... et, à cette occasion, sur une présentation des marionnettes.
Il y avait un monde fou, de tous les âges. On nous a expliqué qu'absolument toutes les personnes originaires et liées de près ou de loin à ce village étaient revenues pour l'occasion. Certains venaient de Bamako, d'autres faisaient le déplacement depuis Gao. Tout le monde était là.
L'événement était présidé par le directeur de l'école bien sûr, fier de nous dire qu'il était élève lors de son ouverture, il y a 50 ans...
Pour parfaire l'événement, comme ça se fait couramment au Mali, la COMATEX (COmpagnie MAlienne du TEXtile), basée justement à Ségou, avait imprimé un pagne dédié à l'événement (d'où ce bleu ciel récurent dans le public).
Impossible d'estimer le nombre de personnes formant cette ronde, mais c'était incroyable.
Comme pour les masques de Sogonafing, une chorégraphie bien précise accompagne la sortie de chaque marionnette :
Tout d'abord, un homme fait irruption en courant au milieu de la piste. D'une petite clochette, il annonce ainsi l'arrivée prochaine d'une marionnette...
Alors, un homme accompagné d'une petite marionnette fait son entrée sur scène. Il traverse la piste et va s'asseoir de l'autre côté avec les petites marionnettes équivalentes qui l'ont précédé...
Les griottes entament alors leurs chants (il y a une chanson précise pour accompagner chaque marionnette), les tambours sonnent de plus belle, et une file indienne de jeunes entre sur des pas bien précis, tous bien synchrones : quelques pas, un jeu avec les bras, un saut et on recommence de l'autre côté...
Et refermant la marche, arrive enfin la plus attendue : la marionnette !
Il s'agissait ici de grosses marionnettes, portées par 2 hommes et accompagnées d'une cohorte de types les suivant courbés pour que le tissus ne décolle pas du sol. Elles faisaient un tour de piste, prenaient la pause devant le podium, et repartaient, toujours escortées de leurs acolytes...
Et comme à Sogonafing, un meneur de jeu veillait au grain, animant et orchestrant au millimètre ce passage...
Sous des allures de doux bordel, les gestes sont en fait précis et les positions tout sauf laissées au hasard.
Les
gamins sont aux anges, les vieux le sont tout autant. Des nuages de poussière
se soulèvent aux passages de ces monstres de couleurs : un univers
fantastique, dans tous les sens du terme !
06 juin 2009
Danse des masques à Sogonafing # 3
Maintenant que vous avez vu comment sont introduits les masques (post du 25/05/09), et comment sont invités à danser les spectateurs (post du 01/06/09)... Terminons cette série sur la cérémonie de Sogonafing par un tour d'horizon des différents masques présentés.
En allant sur ce site, vous pourrez y reconnaître certains d'entre eux et comprendre leur signification.
A la fin de la cérémonie, apparaissent deux grandes marionnettes : introduction toute trouvée à ce qui fera l'objet des prochains articles !
En attendant, bon week-end à tous !
01 juin 2009
Danse des masques à Sogonafing # 2
Suite de cette cérémonie des masques à laquelle j'ai assisté il y a 2 mois... Les masques sont entrés en scène et ont entamé quelques tours de piste.
Une fois les présentations faites, et toujours guidés par l'animateur, les masques passent parmi les spectateurs en les narguant d'une sorte de petit fouet. Ils s'attardent parfois devant l'un d'eux, mais repartent. Font mine de s'arrêter devant un autre, mais poursuivent finalement leur danse...
Cette fois-ci, je me tenais à l'écart, j'étais prévenu.
Parce que si le porteur de masque vous remet le flambeau, sachez qu'il n'y a plus aucun recours possible. Le sort en sera scellé, les dés déjà jetés, alea jacta est ! Ji bonen tè sé ka cè*... Et vous aurez beau faire le tour de toutes les expressions du type, en français, bambara ou en latin, lancer des appels à la clémence, des demandes de grâce des plus irrésistibles, agrémentées de votre regard le plus doux, le plus tendre, le plus ensorcelant...
Ne comptez sur personne : il ne vous restera plus d'autre alternative que d'entrer en scène et danser jusqu'à ce que votre dernière once d'énergie soit tarie ! Et la concurrence est rude.
Oui, ça sent le vécu... on ne m'y reprendra plus !
La vidéo qui suit présente ce passage de témoin.
On y voit le masque Saramanin ("sarama" voulant dire "qui a du charme" et le suffixe "-nin" signifiant "petit"), évoquant la vertu du travail...
* en bambara, mais il me manque des lettres pour respecter l'orthographe : l'eau jetée ne peut être rassemblée.
25 mai 2009
Danse des masques à Sogonafing
Il y a 2 mois, j'ai été invité à une cérémonie de danse des masques à Sogonafing, un village situé à la périphérie de Bamako.
Les masques sont très importants pour beaucoup d'ethnies au Mali.
Ceux du pays dogon sont extrêmement connus... Il y en a pourtant des tas d'autres, comme ceux sortis ici dans un village bambara.
Les masques sont souvent portés lors de cérémonies qui, cette fois-ci en témoigne, n'ont rien d'un événement particulièrement mystique ou animiste comme le penseraient et aiment le penser beaucoup d'Occidentaux (et à le laisser penser bien des guides). Ce sont surtout de grands moments festifs.
A Sogonafing, les masques sont gardés par une famille du village, et sont portés quand l'occasion se présente (suite à un événement particulier, ou parce que quelqu'un en fait la demande et apporte l'argent nécessaire à l'organisation d'un tel événement) : C'est alors une grande fête pour tout le monde (les grands et bien sûr les petits), qui dure jusqu'au petit matin !
On parlera de ce genre de cérémonies ces prochains jours : j'ai en effet eu l'occasion d'assister à une autre danse des masques, pas plus tard qu'hier, à Farako (non loin de Ségou).
La sortie d'un masque est quelque chose qui répond à un schéma très stéréotypé : à Sogonafing, les masques vont par paire et sont portés par des hommes déguisés des pieds à la tête. Ils sont accompagnés d'un "animateur des masques", comme c'est écrit sur son t-shirt (l'homme tout en blanc, coiffé d'une casquette). Ce dernier porte un sifflet et son rôle, en plus de chauffer l'ambiance parmi les spectateurs, est de guider les hommes masqués. Il leur fait ainsi réaliser une chorégraphie visiblement très précise, mais que lui seul semble connaître.
Je n'avais pas de guide, et n'ai donc pas eu toutes les significations des différents gestes, ni des différents masques. Je vous laisse donc découvrir cette cérémonie, comme moi : simplement en la regardant.
Pour aujourd'hui, commençons par le commencement :
les masques entrent en scène et se présentent,
faisant quelques tours de piste...
(c'est en musique)
Édito : A l'origine, les masques sont des objets sacrés permettant "de se métamorphoser, de quitter la dimension humaine pour entrer dans celle des animaux, des esprits et des génies", les masques que l'on voit sur cette vidéo sont deux masques Ntomo, ou N'Domo ( voir cette page pour de plus amples explications) : ils représentent "la première société d’initiation, la soumission de la
jeunesse au grand âge comme source inépuisable de savoir et de
connaissance."
La première et dernière citations de cet édito viennent de cette page de carre-mandingue, consacrée à l'association des masques et marionnettes de Sogonafing.
08 décembre 2008
Aw sambe sambe !
Aujourd'hui c'est la Tabaski !
C'est la fête de l'Aïd El-Kebir pour les arabophones, la fête du mouton quoi... je vous en avait parlé il y a 2 ans, alors que j'étais allé la passer chez mon père.
La Tabaski représente la plus importante fête du pays (comptant 80% de musulmans). Mais contrairement au jour de l'An (que je découvrirai cette année au Mali) qui est apparemment bien plus festive, celle-ci est un peu plus calme et se passe dans un cadre plutôt familial : le mouton est tué le matin, puis tous le monde mange et entame une session de bénédictions de chaque membre de la famille, chaque voisin, chaque connaissance, pouvant durer 2 ou 3 jours...
Quand les gens commenceront à sortir, ce sera alors un vrai défilé dans les latérites de Bamako de tenues rivalisant de couleurs, de boubous en basin splendides. Un vrai défilé de mode auquel se préparent et parfois se ruinent tous les Maliens depuis des semaines !
On verra aussi les uns et les autres, à pied, en moto, en voiture, traverser la ville les bras chargés de morceaux de moutons ou de plats emballés.
Depuis un bon mois tout le monde s'y prépare, et chose particulièrement étonnante : Bamako est devenu le rendez-vous de tous les Peuls du pays ! Les moutons ont envahi les rues et la ville tout entière s'est peu à peu transformée en une bergerie.
Les moutons attendent ainsi leur heure, devant les maisons...
En bas de ma latérite, des centaines de moutons se marchandent à des prix qui atteignent, à mesure que l'on s'approche de la fête, des prix hallucinants par rapport au niveau de vie du pays (75 000 FCFA, 100 000, 150 000 FCFA, beaucoup plus même !)
Un ami me racontait hier que son frère l'an passé avait attendu la veille au soir pour trouver un mouton (voulant profiter de la grande braderie peule : déstockage avant fermeture et retour au bercail)... mais il n'y avait alors plus un mouton à Bamako !
S'y prendre tôt, au prix de l'entretenir, ou s'y prendre tard, au risque de ne plus en avoir...
Depuis un mois, les moutons sont donc omniprésents dans toute la ville.
Des bords de route...
... au bord des chemins de fer
Alors à toutes et à tous : aw sambe sambe ! (bénédiction que l'on fait pour toutes les fêtes se reproduisant 1 fois par an)
PS : si on vous la souhaite, celle-ci ou une autre bénédiction (commençant généralement par "ka..." ou "Allah ka" ("que..." ou "qu'Allah...") répondez : "amiina !" Ou répetez-le deux ou trois fois, même ("amin'amin'amina !"), c'est encore mieux !
27 décembre 2007
Zoyeux Nouil !
D'une petite fenêtre ouverte sur le Mali,
Je vous fait passer un bon gros paquet de températures au-dessus de zéro.
Des poignées pleines de vœux de tas de trucs chouettes,
Mais aussi des tonnes de bonnes choses bien concrètes.
Un zoyeux Nouil donc,
Et tout ce qui va avec !
Photo prise à Sélingué, l'élégance malienne dans toute sa splendeur...
12 octobre 2007
Elle a été vue !
Ca y est !
On l'attendait tous et c'est officiel depuis une heure à peine :
La lune a été aperçue au Mali !
C'est donc demain qu'aura lieu la fin du ramadan, la korité... les minarets futuristes de la grande mosquée de Bamako (livrée clé en main par l'Arabie Saoudite) pourront raisonner de toute leur foi : ce sera jour de fête, et jour chômé !
Encore une fois, allez savoir pourquoi, la fête sera en décalage avec nos voisins... au Maroc ce sera pour samedi !
Une superstition remontant au temps de Moussa Traoré s'entendait ces derniers temps comme quoi une korité un vendredi était signe de mauvais présages pour le gouvernement. Voilà qui tombe d'autant plus mal que le Mali vient tout juste (le 03 octobre pour être précis) de se doter d'une toute nouvelle équipe de ministres !
Cela dit, d'autres bruits courraient eux aussi, qu'une korité un samedi n'était pas de bien meilleure augure... Alors bon, les maliens resteront fatalistes dans l'âme : Cassons le jeûne pour cette année, soyons festifs et le reste suivra... inch allah !
Quoi qu'il en soit, l'effervescence était devenue de plus en plus perceptible ces derniers jours et Bamako a pris des allures de grande foire aux bestiaux. On croise des bœufs à tous les coins de rue ! Et quand je dis les coins de rue... ça comprend également le beau milieu des grandes artères de la ville !
De quoi se dire encore une fois qu'au delà d'être la capitale, Bamako est vraiment un grand village !
Pour ma part, ces prochains jours seront l'occasion pour moi d'aller découvrir les environs de Sélingué... on se retrouve donc à mon retour !
Bonne korité à tous les musulmans, bon WE à tous !
Crédit photo (boeuf) : afribone
01 janvier 2007
Devinez quoi !
A toutes, à tous,
Qui que vous soyez et où que vous viviez
Quels que soient les latitudes et les courants
Partout où mene le vent
je vous souhaite
la meilleure des années 2007 (possibles)...

Alors, dites, elle est pô belle ma dernière acquisition (c'est un masque soleil burkinabe) ?!
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