14 janvier 2009
Le finisun
Seconde pensée à JcB,
et avec lui pour Marie, Jany et Marie-Claude...
Je vous ai parlé, l'an passé, de l’arbre à sac, espèce très répandue au Mali…
Poursuivons la découverte de notre environnement botanique : aujourd’hui je vous parle du finisun (ou «arbre à linge»).
C’est un arbre surprenant : à voir ses branches tortueuses, on pourrait le donner pour mort… pourtant quelques feuilles s’en détachent, longues, colorées, battues par le vent et rappelant qu'au sein de cette silhouette frêle, une sève pleine de vie coule bel et bien.
De nombreuses histoires font référence à cet arbre. Bien des caractères en favorisent la participation à des mythes : son développement révèle en effet à la fois l’existence d’une source d’eau proche, de chaleur et de vent, et est presque systématiquement lié à une présence humaine.
De nombreux djinns lui sont ainsi associés, et c’est à ses pieds (sous leur protection assurent certains) que l’on trouve couramment les femmes du village venues tirer l’eau du puits, faire lessives, vaisselles et causeries.
Certains se demandent pourtant si c’est la présence de cet arbre qui est nécessaire à toute implantation humaine… ou si c’est l’Homme qui, au contraire, favorise son développement.
Pour les ethnologues qui, régulièrement, travaillent sur les liens qui unissent cet arbre à l’activité humaine, il semblerait que ce soient les Hommes qui, de par leur présence, favorisent le développement de cette plante.
Pourtant un vieux m’a confié une histoire. C‘était un Kouyaté, représentant d‘une illustre famille de griots (le premier des Kouyaté griots fut celui du grand Soundjata Keita !). Son histoire lui venait de son père, qui lui-même la tenait de son grand-père. L’origine se perdait mais la véracité de son récit ne devait pas en souffrir : un tel arbre, me confia-t-il, se trouvait sur le chemin qui menait du village d’un de ses anciens au village de celle que sa famille lui avait destinée. Cet arbre avait l’allure d’un arbre mort depuis des siècles. Pourtant les branches ne tombaient pas…
Cet ancêtre devait donc se marier, et il alla voir un marabout, comme c’est la coutume, pour lui poser des questions sur le nombre de fils qu’il aurait et sur le respect que susciterait son nom. Le vieil homme lança ses cauris, et moyennant le prix d’un poulet, lui dit : tu en auras 4, et 5 filles. Pour ton nom tu ne dois pas t’en soucier, ce sera un bon mariage. Mais dans 8 mois, 8 semaines et 8 jours, vous devrez quitter le village et vous installer à mi-chemin. Là où se tient l’arbre mort qui ne veut pas tomber.
Le jour du mariage vint.
Ils s’installèrent à mi-chemin.
Ce fut juste avant la naissance du premier enfant.
Plus tard d’autres familles les ont rejoints…
Et un jour, alors qu’il revenait d’une visite dans sa famille, n’y pensant plus, il vit les feuilles gigantesques, aux couleurs défiant la lumière du jour, battues par le vent comme pour qu'on puisse en tirer toute la sagesse et en connaître toutes les histoires….
Il y avait de l’eau.
Il y avait de la vie.
Un nouveau village venait de se former.
Cela s’est passé ainsi. Quand un finisun fleurit, la vie s’installe.
Le village s’associe à ses racines.
Musique : Devandra Banhart, A Ribbon (album Nino Rojo)
26 juin 2008
Feu d'artifice !
Les bougainvillées explosent de couleurs !

Allez, faites votre sac : je vous emmène au Sénégal !
23 juin 2008
Qui veut son morceau de bois ?
Il y a également l'embarras du choix !
Le bois de chauffe au Mali représente, avec le charbon de bois, 93 % de la consommation énergétique des ménages.
Je vous laisse donc imaginer les ravages d'une telle dépendance à ce type d'énergie sur les forêts maliennes et les problèmes de désertification qui en découlent (la pluviométrie étant localement en grande partie liée à l'évapotranspiration de la végétation, les terrains deviennent alors incultivables et c'est sans compter le déplacement des populations animales qui laissent les chasseurs de plus en plus bredouilles)...
Puisqu'on est sur ce thème, c'est l'occasion d'un petit flash back nous portant à Siby.
C'était il y a presque 1 an et demi !
Pffiou, comme je le disais ce jour là : si loin, si proche...
PS: Et dire qu'avec ce message Le dit du Magot dépasse la barre des 100 articles !! Sacrée aventure...
06 novembre 2007
L'arbre à sac
En pensant à Jean-Claude Bourdais...
Qui, en Nouvelle-Calédonie, a décrit l'arbre à bière et l'arbre à souvenir.
Autres terres, autres espèces :
au Mali prospère l'arbre à sac.
C'est... comment dire... pas pareil !
L'arbre à sac est une espèce à dissémination principalement anémochore, introduite il y a peu.
Pas plus poétique qu'un sous, sa première description date des années 70.
Ses exigences écologiques sont restreintes : la plante est particulièrement résistante et semble profiter d'un milieu pauvre...
Adventice, et cas d'école d'espèce opportuniste, elle a depuis colonisé presque tous les milieux et se trouve dorénavant aux 4 coins de la planète, et particulièrement ici, au Mali.
Plante pérenne, qui se livre à une reproduction végétative très efficace... elle ne se prête pourtant que peu à la domestication : plusieurs essais furent tentés (en pot comme en jardin) mais ils furent le plus généralement avortés. Il semble que le principal souci soit d'ordre esthétique...
Son utilisation est réduite, si ce n'est après transformation. Sa consommation (alimentaire ou à fumer) est en effet peu conseillée : cette plante, et ses fleurs notamment, présentant une teneur en dioxine très importante.
Ses fleurs aux corolles tortueuses présentent une grande variété de formes et de pigmentations.
On leurs doit de nombreux contes et légendes... peu joyeux...
Photos prises par Marie, tout en pensant en JcB, sur la chaussée de Sotuba (Bko)...
02 décembre 2006
Il n'y a qu'à se baisser !
"Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !"
(Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac - Acte II scène 8)
Dans la série "Cultivons notre jardin, et si en plus y a de quoi manger c'est aussi bien"...
J'ai découvert un nouveau fruit !
C'est à l'arrière de mon jardin que dans la plus grande discrétion, à l'abri des regards gourmands et impatients, de délicieuses pommes-cannelles se sont gorgées de soleil !
Après quelques recherches, notamment pour savoir si je pouvais avaler ça sans craindre de me retrouver truffé de polonium 210... J'ai fini par apprendre qu'il s'agissait d'un fruit de la famille des annonacées, c'est à dire cousin du corossol...
Jamais je n'avais entendu parler de ce fruit. Il faut dire qu'il signe les registres en variant les appellations : atte (l'arbre prenant également le nom d'attier), mais aussi custard apple, suggar apple, sweet-sop, anon, pinha, saramulla, scopappel, qu a na, fan-li-chi, mang cau ta, mak khbieb... plus de noms encore que de frontières !
Pourtant quelque-soit celui dont il se pare, il s'agit du seul et même annona squamosa.
Bon, remarquez je n'avais pas davantage entendu parler de lui sous un autre de ses pseudonymes...
... mais je saurai dorénavant que se trouvent à l'intérieur un nombre incalculable de gros pépins, recouverts d'une chair blanche assez crémeuse au goût doux et sucré !
Croyez-moi, si vous en croisez : pas de quartier !
C'est succulent, peut-être un peu écœurant... mais comme l'écrit Edmond Rostand : tellement satisfaisant !
04 novembre 2006
Namassa !
Posé comme un butin sur la table, mon gardien m'a ramené un bon gros régime de bananes. Vous savez, de ces petites bananes que l'on avale en trois bouchées !
J'ai eu du mal à le croire... d'autant que mon gardien ne parle pas plus français que moi le bambara (mais ça y est : je vais enfin prendre des cours ! Des séances d'1h30 viennent de s'organiser au lycée).
Était-ce donc une chute de camion ?
Un surplus de son jardin ?
Une illusion d'opnique ?
Ou bien....
naaaaaaaan ?...
mais si !!!
Il s'agit bel et bien des bananes de mon jardin !
Ça, c'est une phrase qu'il fait bon se répéter en boucle : "les bananes du jardin"....
Je ne sais pas l'effet que ça fait dans vos oreilles, mais alors dans les miennes, c'est sensationnelle !
Je suis donc allé vérifier par moi-même, et figurez-vous qu'effectivement, en douce, mes bananiers se sont mis à fructifier. Un autre régime est actuellement en train de mûrir, et une grosse inflorescence violette qui a fière allure (et je ne dis pas ça pour l'encourager) se prépare à surpasser ses anciennes copines promues fruits mûrs avant elle.
Croyez-vous que je doive maintenant me faire connaitre de la fédération des organisations de producteurs de la banane ?
Je viens d'apprendre qu'il y a 1500 producteurs de bananes au Mali, sur des superficies de plus de 2000 hectares (principalement dans les régions de Sikasso et du district de Bamako) : 60 000 tonnes produites chaque année et vendues principalement sur les marchés de Bamako ! Ce qui n'atteint pourtant pas le niveau de la demande et nécessite quantités d'importations venant de notre mouvementé voisin du Sud, la Côte d'Ivoire.
Je ne suis donc pas étonné.
Je me serais parfaitement adapté à ma nouvelle région, et me voilà 1501e producteurs de banane à mes heures, et 2000,00001e hectares alloués à cette récolte en grand essor depuis 20 ans.
Ça me donne également l'occasion de me replonger dans la vie magique et merveilleuse de Musa acuminata et de mes souvenirs de la prépa agreg (ovaire infère... fruit complexe et plein d'autres choses très très intéressantes mais si difficiles à replacer dans une conversation).
Petite note culinaire malienne au passage, la banane plantain (particulièrement riche en amidon) fait partie des accompagnements récurrents ici, en tranches frites : c'est l'alloco, et ça nous vient de Côte-d'Ivoire visiblement.
En tout cas, à la saison sèche doivent arriver d'autres fruits comme les mangues (celles du Mali étant considérées comme les meilleures du monde).
Alors j'attends, patiemment...
j'ai 3 manguiers. Ils n'ont qu'à bien se tenir, que les choses soient claires : après les bananes (namassa en bambara), je veux pour Noel "les mangues du jardin" !...
Bon, je m'arrête là pour aujourd'hui.
Tout a une fin (sauf la banane qui en a deux)....
...
(proverbe bambara)












