Le dit du Magot - Blog d'un français au Mali

Journal de Bamako : le blog d'un français au Mali ! Partagez les impressions & découvertes soulevées par mes premiers pas foulés en terre africaine...

07 novembre 2009

El vinho do Fogo

On vous dira que le créateur du monde, une fois sa tâche accomplie, se posa sur l'Afrique et, exténué par le travail accompli, jeta dans l'Atlantique sa dernière poignée de terre. Ainsi naquirent les îles du Cap-Vert...

Une autre version, mais allez savoir qui croire, attribuerait plutôt à l'archipel une origine volcanique.
Et c'est vrai que sur toutes les îles que j'ai pu visiter, même sur celles où le volcanisme ne présente plus la moindre trace d'activité, l'impressionnante silhouette des cônes est omniprésente.

Une seule île présente un volcanisme actif : l'île de Fogo (signifiant "feu" en portugais)

vigne_fogo

Mais allez, on sera mieux en haut pour en parler !

Rendez-vous au sommet du Grand Pico, donc. Il culmine à 2829 m et on l'atteint par un petit chemin tracé dans la pouzzolane. Précision qui a son importance : ne comptez sur aucun lacet pour en atténuer la pente.

Vous croiserez de nombreuses vignes avant la montée : la culture vinicole remonte à Fogo au XVIe siècle. La consommation du vin traditionnel, le manecon, est totalement intégrée à l'alimentation des habitants et son goût est... particulier ! Mais depuis quelques années, la coopérative Agro-Coop produit les vins Cha, avec des techniques de production modernes.

Pensez-y dans les moments difficiles, ces petites vignes vous récompenseront au retour d'un petit vin blanc particulièrement fruité, qui pansera allègrement la moindre de vos crampes et de vos ampoules !

grappa

Plus d'infos sur ce site, d'où est tirée la photo ci-dessus.

N'oubliez pas de goûter le rouge également, qui n'est pas mal non plus... d'autant que le monde étant décidément bien fait, l'île est productrice également d'un fromage de chèvre !

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05 novembre 2009

L'architecture rurale cap-verdienne

Quand on pense à l'architecture cap-verdienne, les images que l'on a le plus souvent en tête sont celles de grandes maisons à étage et aux couleurs vives...
Cette architecture coloniale (ou plus généralement urbaine, on en reparlera), correspond aux bâtiments des grandes familles fortunées... L'architecture rurale, bien plus populaire et répandue donc, est tout à fait différente, et au moins aussi intéressante.

Cette architecture se caractérise en premier lieu par des maisons de plain-pied, construites en pierres sèches, c'est-à-dire constituée de grosses pierres plus ou moins rectangulaires, calées sans mortier,  simplement avec de plus petits cailloux.
La pierre sèche est vraiment représentative de tous les types de constructions cap-verdiennes : les routes sont le plus souvent pavées de la sorte, les murets qui bordent les allées également.

Il existe deux types de constructions rurales, d'origine différente et représentative des deux influences de la culture cap-verdienne : l'une est d'origine africaine, l'autre européenne.

Côté influence européenne, portugaise en l'occurrence, on a le type de maison le plus courant : la maison rectangulaire.
En pierre sèche donc, avec un toit en paille (et une charpente assez simple, en bois ou en bambou), elle est organisée en 2 pièces : une salle qui sert pour dormir et une autre qui est davantage un lieu de vie.

maison_rectangulaire_1

maison_rectangulaire_3

maison_rectangulaire_2

Il en existe une variante, assez peu répandue et habitée par des personnes aux revenus particulièrement faibles, entièrement constituée de paille...

IMG_0226
(merci S.R. pour la photo, prise dans la ribeira de Paul, sur l'île de Santo Antao)

L'autre type architectural est représenté par les funcos. Leur origine serait africaine (sur la base de l'étymologie - dont je n'ai pas trouvé le détail - et sur le fait que ces types d'habitations se trouvent surtout dans les zones où la densité d'esclaves était la plus importante).
Il s'agit de case ronde, d'une seule pièce. Ce type d'habitation est aujourd'hui de plus en plus rare, remplacé par des maisons rectangulaires bien plus confortables.
En voici un exemple, le seul que j'ai rencontré durant mon séjour, sur l'île de Fogo...

funco_1

La forme d'origine comporte un toit en paille, remplacé de plus en plus par un toit en ciment : au-delà du fait qu'il résiste bien mieux, cela permet également de récupérer les eaux de pluie de façon très efficace !

funco_2

Si ces habitations se font rares, elles sont néanmoins très présentes dans les images du Cap-Vert : en témoigne le nombre de gamins qui en vendent de petites reproductions aux touristes !

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03 novembre 2009

De quoi monter 4 murs, mais pas plus...

Juste une photo aujourd'hui, prise à Calhau, sur l'île de Santiago... sans trop savoir si ce terrain est en friche ou en devenir.
J'ai pris cette photo avec celles du terrain de football (voir post précédent), en pensant à Romain et son blog (en attendant son prochain !).

friche_calhau

Note du 05/11 : Je découvre en rentrant de vacances que le blog de Romain a repris du service !

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01 novembre 2009

Goooooaaaaaaaal !

Si la religion catholique, venue avec les Portugais, est la principale religion du pays (pratiquée par 98% des habitants du pays, les autres sont surtout protestants)... celle dédiée au culte du ballon rond n'a pourtant rien à lui envier.

Sur toutes les îles visitées, dans le moindre village, même le plus perché, même le plus perdu, soyez certains d'y trouver un terrain ! C'est un élément incontournable du paysage cap-verdien : une église, un temple adventiste, un bistrot, un volcan au loin, la mer toute proche... et un terrain de foot aux reflets gris.

Impossible donc, de ne pas faire une petite série sur le foot, avec le terrain de Calhau, sur l'île de Santiago, qui porte à la fois des marques de terrain vague et de stade officiel avec buvette et locaux du club...

foot_cap_vert_4

foot_cap_vert_5

... et un match, vu de dessus, à Synagoga, sur l'île de Santo Antao, auquel on a assisté en attendant un aluguer (les transports locaux, équivalents des "bâchés" maliens). Tout le village était au rendez-vous et il y régnait une ambiance du feu de Dieu !

foot_cap_vert_3

foot_cap_vert_1

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29 octobre 2009

Titanic II

Le tout étant d'avoir confiance...

Titanic_II

(photo prise sur le port de Ponta do Sol, à Santo Antao)

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27 octobre 2009

Les villages porcins

A l'heure où le virus de la grippe a contaminé les sujets de conversations... on parle régulièrement du risque que représente le fait de côtoyer la cochonnaille de trop près. Le cocktail le plus explosif étant la triple cohabitation porcino-aviairo-humaine, offrant au virus d'origine aviaire un joli tremplin pour devenir pathogène pour l'homme.

Au Cap-Vert, on ne s'adonne plus à de tels rapprochements  depuis longtemps ! A chaque village correspond en effet un groupe d'habitations annexes : des villages porcins où chaque famille possède ses cochons, et vient de temps en temps s'en occuper.

Nous sommes encore à Santo Antao, dans un petit village de la ribeira de Torre.

cochon_ribeira_grande_1

cochon_ribeira_grande_2

cochon_ribeira_grande_3

Et n'allez pas croire que cela ne concerne que les zones rurales : aux grandes villes sont associées des banlieues porcines !
Nous sommes ici à Ponta do Sol, une plus grande ville de la même île.

cochons_ponta_do_sol_1

cochon_ponta_do_sol_2

 

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23 octobre 2009

Rien ne se perd...

Le Cap-Vert est un petit archipel, fait de petites îles !
Les ressources en eau sont rares (les îles ne sont arrosées que de juillet à octobre, lors de la saison des pluies) et, à Santo Antao par exemple, où sont prises ces photos, si le nord et l'est de l'île sont relativement bien arrosés, l'ouest, le sud et le centre offrent quant à eux des paysages désolés, sans un brin de végétation.

Il est alors indispensable de rentabiliser le moindre espace où l'on peut cultiver, d'autant qu'il s'agit d'une agriculture de subsistance (seule la banane est exportée).
On exploite autant qu'on peut donc, comme ici, où un agriculteur a réalisé de minuscules cultures sur le rocher qui borde son terrain.

mini_terrasses_ribeira_de_Paul

Au-delà de la disponibilité en eau et du fait que les terrains soient particulièrement escarpés, le mode d'attribution des terres complique également les choses : elles appartiennent à des familles entières, et il faut donc, pour les vendre, l'accord de tous (ce qui peut demander les signatures de 90 personnes parfois !).
Ainsi, les parcelles sont à partager entre tous les membres d'une même famille : ça réduit d'autant la place disponible pour chacun !

terrasse

A Santo Antao on cultive surtout la canne à sucre (pour fabriquer le grogue, le rhum local), et devant toutes ces contraintes de place et d'eau, on réalise donc des cultures en terrasse.

terrasses_ribeira_de_Torre_2

Un petit pays donc, qu'il s'agit d'exploiter au maximum de ses possibilités. Faire ce qu'on peut avec ce qu'on a... Ce qui ne suffit pas : depuis cette année, le Cap-Vert a dû acquérir des terrains agricoles en Angola !

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20 octobre 2009

"Petit pays"...

Et si on partait au Cap-Vert ?

Un archipel d’îlots volcaniques perdu dans l’Atlantique, à 500 km environ au large des côtes sénégalaises.
Nous aurons cumulé 9h de retard à l’aéroport de Bamako, et 21h à celui de Dakar : si le Cap-Vert n’est pas si loin, assurément ces îles ne sont pas si proches ! Et oui, on est bien toujours en Afrique…

Le Cap-Vert exhale une atmosphère vraiment étrange : ce sont des îles où l’on survit. Des cailloux frappés par les flots, balayés par les vents, et soumis au rude climat sahélien : « des îles qui ne sont pas faites pour y vivre » nous résume André, sacré personnage rencontré à Santo Antao.

Et ce n’est pas vraiment, en tout cas pas seulement, une provocation que de dire ça : ces îles ne sont habitées que depuis l’arrivée des Portugais. De tous ceux qui y seraient passés, Arabes, Phéniciens, ou même le navigateur chinois Zheng He (le découvreur de l'Amérique selon Gavin Menzies), pas un n’a visiblement trouvé les conditions suffisantes pour y vivre.

Ce sont donc les Portugais qui ont commencé à s’y installer, en 1456, principalement pour le commerce d’esclaves d’abord, puis comme relais des lignes transatlantiques.

Aujourd’hui encore, les conditions de vie sont particulièrement difficiles, un des principaux problèmes étant la disponibilité en eau. La pluviométrie y est très faible, et très irrégulière : il ne pleut pas sur toutes les îles, là où c'est le cas la répartition est inégale, et il ne pleut pas tout le temps. Sur certaines d’entre elles, il ne pleut même pas chaque année : c’est à ce demander d’où l'archipel tient son nom !

Deux chiffres en disent long sur les conditions de vie : il y a 1,2 millions de Cap-Verdiens… mais 500 000 seulement vivent au Cap-Vert, et le pays importe 80 % des denrées nécessaires à son alimentation ! S'il tient, c’est notamment grâce à l'argent envoyé par les émigrés à leur famille (cela représente 12 % du PIB)  et par les très nombreuses aides internationales.

Et pourtant...

Pourtant ces îles dégagent une atmosphère incroyable : c’est un archipel où la diversité des paysages est exceptionnelle (certaines îles sont de vrais déserts volcaniques, quand d’autres ont une végétation luxuriante, et d’autres encore offrent aux visiteurs de vrais posters pour vitrine d'agence de voyage avec des plages de sable blanc…). La culture cap-verdienne est elle aussi d'une diversité exceptionnelle, à l’image des types physiques que l’on croise en se baladant : on y a mélangé toutes les populations du monde, et si un mot devait résumer leCap-Vert, c’est bien celui de métissage !

Un beau métissage politique également : les conditions de vie sont particulièrement difficiles, et pourtant on est assez impressionné par le niveau de développement des infrastructures et des services (de santé, d’éducation, de sécurité sociale). Le parti au pouvoir est communiste (il s'agit de l'ancien parti unique battu aux élections lors de l'ouverture au multipartisme... et revenu au pouvoir il y a peu), ce qui ne l’empêche pas d’avoir un statut de « partenaire spécial » avec l'Union européenne, d’accueillir des exercices de l’OTAN, d’être membre de la CEDEAO, de l’OMC et d’avoir une relation très étroite avec la Chine… on imagine difficilement de plus grands écarts ! D'ailleurs cette dichotomie dans le pays de résidence des Cap-Verdiens explique aussi un grand dilemme politique : tous les Cap-Verdiens ont le droit de voter pour les scrutins nationaux, mais seulement les résidents du pays aux élections locales. Bilan : c'est l'opposition qui est systématiquement élue aux mandats locaux !

mindelo

(Sur cette photo : Mindelo, à Sao Vicente)

Enfin, voilà pour l'impression générale.
Cette fois-ci, ayant découvert sur place l'existence de la compagnie Halcyon Air, nous éviterons la TACV... et poserons nos bagages le temps de quelques posts.
Le temps flâner à Fogo, Santo Antao, Sao Vicente et Santiago... en musique, bien sûr !

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18 octobre 2009

Le sida est partout... même dans le désert

Panneau photographié à quelques kilomètres du croisement de Sévaré,
sur la route de Gao...

sevare_1a

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14 octobre 2009

Les djenné-ferey à l'épreuve de la charte de Venise

Quand on évoque les priorités de conservation du patrimoine à Djenné, on pense tout de suite, comme on a déjà pu en parler plusieurs fois ici, au fait de garder la terre crue comme matériel de construction : que ce soit pour les murs (à préférer à la terre cuite ou au béton) ou pour le l'enduit de crépissage (voir le post du 28 septembre dernier)...

Mais à Djenné, le problème se complique encore : si le choix du banco est primordial... encore faut-il savoir lequel !

En effet, partout au Mali, les briques en banco sont formées en remplissant un moule de bois rectangulaire de 40 cm sur 20 cm (ou 50 sur 25) d'un doux mélange d'argile, de beurre de karité et de balle de riz laissé macéré quelques jours.

toubabou_ferey_1

Le moule est retiré quasi immédiatement, et les briques sont laissées à sécher.
On obtient ainsi des toubabou-ferey, c'est-à-dire des "pierres des Blancs" ("toubabou", qui viendrait d'un mot wolof voulant dire "blanc", étant le petit nom donné aux Occidentaux).

toubabou_ferey_2

Pourquoi "toubabou" ? Justement parce que ce type de brique n'est utilisé que depuis les années 1930 selon une  technique apportée par les colons. Jusqu'alors, on utilisait un modèle spécifique à la ville : les djenné-ferey ("pierres de Djenné"), qui avaient une forme grossièrement cylindrique, d'une dizaine de centimètres de haut, et qui étaient moulées à la main...
La composition du banco était un peu différente aussi et nécessitait de la poudre de pain de singe (le fruit du baobab) pour accroitre la résistance des briques.

On en trouve encore en jetant un œil attentif au crépi détérioré...

djenne_ferey_4

A vrai dire, René Caillié, dans le second tome du récit qu'il a fait de son périple vers Tombouctou, décrit une autre technique de construction (dont je n'ai cependant jamais entendu parler ailleurs) : "Tous les villages sur cette route, depuis Oulasso jusqu'à Jenné, sont construits en briques séchées au soleil. Ces briques, longues d'un pied, larges de huit pouces, et épaisses de deux et demi, sont faites sans le secours d'un moule : la terre étant délayée à une consistance convenable, les fabricants  [sic] en étendent sur le sol des couches très longues ; et à moitié sèches, ils les coupent, et les tournent de côté et d'autre pour en terminer la dessiccation."
Il s'agirait d'une technique intermédiaire : des briques quadrangulaires donc, mais moulées à la main...

Toubabou-ferey versus djenné-ferey : le dilemme djennenke !

La référence en matière de conservation du patrimoine est en effet la charte de Venise (charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites édictée en 1964, et qui fait encore aujourd'hui référence en la matière). Or, à la lire, elle est la synthèse de deux visions différentes qui, dans certains cas, peuvent s'avérer plutôt contradictoires.
Et ça l'est justement à Djenné.

djenne_ferey_1

Ainsi, les puristes, s'appuyant notamment sur le fait que Djenné est classée par l'Unesco comme patrimoine mondial, se battent pour que les djenné-ferey soient utilisés comme matériaux de construction - si ce n'est pour les nouveaux bâtiments, au moins pour les projets de restauration. C'est ce qui est défendu par l'article 9 de la charte selon lequel toute restauration doit se fonder "sur le respect de la substance ancienne".

Or en 1997 a commencé un vaste chantier de restauration (financé par le Muséum national d'ethnologie de Leyde aux Pays-Bas), où l'on a systématiquement utilisé le toubabou-ferey.
Le cas n'est d'ailleurs pas nouveau puisque la mosquée elle-même a déjà été rénovée avec des briques rectangulaires (d'abord l'aile ouest en 1978, puis le minaret central en 1980).

Si l'on imagine bien que les matériaux utilisés sont un aspect évident du type d'architecture et qu'à ce titre, la technique du djenné-ferey fait partie du patrimoine djennenke, utiliser ces briques traditionnelles n'est pourtant pas évident.

En effet, Djenné n'est pas seulement un patrimoine à préserver... c'est aussi une ville ! Ses bâtiments sont la propriété de personnes qui vivent avec leur temps : or aux temps sont liés des usages, des contraintes... et les temps changent justement.
L'article 5 de la charte de Venise insiste sur ce point en précisant qu'il est absolument primordial que tout bâtiment conserve sa fonctionnalité, et précise même que "c'est dans ces limites qu'il faut concevoir et que l'on peut autoriser les aménagements exigés par l'évolution des usages et des coutumes".

Or justement, les usages et les coutumes ne plaident plus du tout en faveur des djenné-ferey :

- Le tout premier inconvénient avancé est le coût de construction : le temps nécessaire à la fabrication d'un bâtiment en toubabou-ferey est en effet considérablement plus court qu'avec des djenné-ferey qui "ne permet[tent] de monter que 60 cm de mur chaque jour" (dixit cet article). La poudre de pain de singe est elle aussi source de dépenses accrues.

- Par ailleurs, les djeney-ferey résistent moins à la pression que leurs équivalents rectangulaires. Les habitations de Djenné étant traditionnellement à étage, la base des murs doit donc être suffisamment large pour supporter le poids de l'édifice. Cela réduit donc les espaces disponibles : les chambres obtenues sont de petites dimensions, souvent trop petites pour y mettre un lit et une armoire comme il est d'usage aujourd'hui. Les murs construits avec des toubabou-ferey permettent au contraire de bâtir des murs bien droits et de gagner de l'espace à la base : ils font 60 cm de large, contre 80 cm à 1 m pour ceux en djenné-ferey.

A noter que le rendu extérieur, ces formes cursives propres au banco, est relativement semblable quelle que soit la technique utilisée : les formes douces et arrondies des murs sont obtenues immédiatement avec des djenné-ferey (les murs ont presque une forme conique), ce qui nécessite quelques crépissages pour les murs aux arêtes initiales plus franches des bâtiments en toubabou-ferey.

djenne_ferey_2

Il devient donc difficile de trancher quant à savoir s'il faut ou non exiger de toute restauration qu'elle reprenne l'utilisation des djenné-ferey !

Quoi qu'il en soit, cette technique n'en demeure pas moins une part fondamentale du patrimoine culturel de la ville, et la conservation de ce savoir-faire est une véritable urgence : il n'y a plus aujourd'hui à Djenné qu'un seul maçon maîtrisant cette technique !

Joseph Brunet-Jailly (membre fondateur de Djenné-Patrimoine), en introduction au livre de photos de Marli Shamir, Djenné-ferey, la terre habitée, écrit : "la génération actuelle des maçons de Djenné sait qu'il lui appartient d'organiser d'urgence le transfert du savoir ancestral entre le vieux Boubacar Touré et les jeunes. Ce dernier est en effet le seul maçon de Djenné qui conserve la connaissance de la technique originale pour avoir, dans sa jeunesse, travaillé sur des chantiers utilisant les bonnes pratiques ancestrales. Déjà, en mai 2002, un premier chantier-école eut lieu qui permit de construire en djenné-ferey un bolon, cette pièce qui, à l'entrée de la cour, donne sur la rue."

djenne_ferey_3

(Photo du détail d'un panneau de la mission culturelle)

Ce premier chantier-école d'un mois, dans le quartier de Djoboro, fut un premier coup d'essai. Il doit être suivi d'un second, particulièrement ambitieux : "le bareyton, la corporation des maçons, a formé avec l'association Djenné-Patrimoine le projet de construire en djenné-ferey une Maison du patrimoine qui serait immédiatement le symbole d'un effort entrepris par tous les corps de métier de Djenné, pour redécouvrir les techniques anciennes [...]", poursuit Joseph Brunet-Jailly.

Un projet qui a reçu en mai 2008 de la part de l'Etat français l'assurance d'être financé à hauteur de la moitié du budget. L'association Acroterre, Djenné-Patrimoine et le barey ton en financeront 20 %. Une souscription s'est ouverte afin de trouver les 30 % restants (bulletin et descriptif du projet à télécharger en PDF sur cette page).

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