Le dit du Magot - Blog d'un français au Mali

20 mars 2011

Cours de bambara et nko à Bamako

Aujourd'hui plus que jamais je mesure que l'essentiel de ce que j'ai pu apprendre du Mali... c'est peut-être à lui que je le dois.
Impossible donc qu'il ne figure pas sur ces pages.

Lui, c'est Burama Keita.

Je me préparais à un post fleuve qui vous ferait comprendre toute l'estime et l'admiration que j'ai pour lui. J'aurais essayé de vous faire imaginer à quel point je suis heureux de l'avoir rencontré et de le compter aujourd'hui encore parmi mes amis.
Mais non.

Si j'ajoute aujourd'hui un énième post à ce blog, c'est surtout pour vous dire que Burama Keita est professeur de bambara à Bamako.
C'est avec lui que j'ai pris des cours pendant mes 4 ans passés au Mali. Et s'il m'a appris les rudiments de sa langue qu'il maîtrise parfaitement à l'oral comme à l'écrit, il m'aura appris bien plus.
On entre dans une culture à travers sa langue. C'est pour ça que je m'y suis aventuré, et avec Burama j'ai été servi !

Burama est un érudit. Assurément. D'une grande intelligence et d'un recul ahurissant sur sa propre culture !

Je ne peux que vous encourager à le contacter et à le rencontrer. Je vous envie de pouvoir le faire aussi facilement, si vous êtes à Bamako.

Burama Keita est donc professeur de bambara. Il enseigne également le nko (dont j'ai pu vous parler ici), dont il est spécialiste (et membre de l'académie malienne).
Vous pouvez prendre des cours particuliers ou en groupe, et si vous vous arrangez avec lui sur les horaires, il peut se déplacer.

Voici son numéro de téléphone : [+223] 66 84 43 03

Profitez-en, chanceux que vous êtes !

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15 septembre 2010

C'était Le dit du Magot

Voilà quelques mois que je n'ai plus posté le moindre message sur ce blog.
Non, je n'ai pas été pris dans un filet bozo, mais c'est qu'il était temps d'écrire la quatrième de couverture et de refermer mon chapitre malien.

Pas facile de clore cet épisode après 4 années si riches de découvertes. Définitivement, le Mali et l'Afrique occidentale m'auront passionné, intrigué, touché comme jamais !

Mais l'idée était de découvrir comment cela se passait ailleurs, de voir d'autres façons de vivre et de penser, d'appréhender des cultures qui se sont construites sur d'autres bases, à d'autres latitudes, en bref : de remettre en question les certitudes. Il était donc temps, après 4 ans, de reprendre la route et de mettre les voiles pour voir où porterait le vent...

... Et c'est des côtes chiliennes que j'écris ces quelques mots !
Autre port d'attache, autre blog : j'attendais sa lancée pour écrire ce message, c'est donc sur Le mot du Magot que s'écriront les prochaines lignes !

Quant au Dit du Magot, il se clôt ici mais n'a pas dit son dernier mot : Ismaïla Samba Traoré, directeur des éditions La Sahélienne, m'a fait avant de partir le plus beau des cadeaux, celui de me proposer la publication d'un livre sur le Mali. J'ai accepté avec d'autant plus de plaisir que cela venait de lui. Vous pouvez aller jeter un œil aux publications de sa maison en en parcourant la page facebook (accessible même si vous n'avez pas de compte).
Si l'idée de départ était de mettre en papier quelques-uns des articles du blog... elle a depuis évolué : le livre prendra effectivement racines ici, mais bien des articles seront inédits. Les derniers articles de ce blog ont d'ailleurs été écrits dans un premier temps pour ce livre, avant d'être mis en ligne ici.

J'espère qu'il verra le jour dans l'année qui vient, incha'Allah !
Pour être tenus au courant de sa sortie, abonnez-vous au blog (en mettant votre mail en haut à droite), et vous recevrez l'annonce et les références dès parution.

En attendant, il est temps pour moi d'aller réviser mon espagnol.
Et de remercier tous ceux avec qui j'ai pu vivre ces moments.
Merci aussi bien sûr à vous tous qui êtes venus partager ici ces instants.

Au moment de refermer la porte, j'ai évidement une pensée pour Magali...

Allez, on est ensemble !

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26 avril 2010

Portrait de Bozo

Entre Ségou et Djenné, dans le Macina, portrait d'un Bozo en train de repriser son filet (voir la vidéo consacrée à ce sujet dans le post du 09/03/09)...

bozo

L'occasion de préciser que tout pêcheur sur le Niger n'en est pas pour autant un Bozo ! Les Bozos correspondent à une ethnie (voir post du 26/03/08), dont l'activité principale est en effet la pêche. Mais cette activité n'est pas une exclusivité bozo ! Tous les autres, dont l'activité est liée au fleuve et à la pêche en particulier, sont regroupés sous l'appellation de "somono"...
On introduit ainsi le prochain post qui nous entraînera dans le quartier somono de Ségou, à l'architecture de banco rouge magnifique, et qui fait actuellement l'objet d'un plan de réhabilitation !

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22 avril 2010

portrait de brodeur

Ousmane Traoré dans son atelier, un des derniers brodeur traditionnel de Djenné (voir post du 18/04/10).

ousmane_traore

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18 avril 2010

Ousmane Traoré, brodeur à Djenné

Allez passer la tête dans une maison djennenke : vous serez surpris de... ne rien voir !
C'est que traditionnellement, l’entrée des maisons comporte un vestibule (« bolon »). Il s’agit d’une petite pièce intermédiaire entre la rue et la cour centrale de la concession autour de laquelle s’articulent les différentes pièces. Cet espace est si important que certaines habitations en ont deux, auquel peut s’ajouter un auvent (appelé « gum hu ») pour les façades dites « marocaines » (voir post du 28/11/07).

bolon

Pourrait-on dire que la richesse culturelle de Djenné tient à cette caractéristique architecturale ? L’intérêt de ces petites pièces obscures est multiple… Elle garantit avant tout la sécurité et l’intimité de la concession, en permettant de voir le visiteur sans être vu, aveuglé par la soudaine obscurité. C’est également un lieu de palabre où se tenir au frais pendant les heures chaudes de la journée. Est-ce un hasard si bien des activités qui font la réputation de Djenné sont liées à cette petite pièce ? C’est là que les marabouts, longtemps à l’origine du rayonnement intellectuel de la ville, dispensent leur enseignement coranique. C’est là encore que les nombreux artisans travaillent, Djenné étant particulièrement célèbre pour son orfèvrerie, mais aussi sa cordonnerie et sa broderie.

broderies

Pour découvrir la broderie traditionnelle de Djenné, rendons-nous dans l’atelier d’un des plus fameux brodeurs de la ville, un homme à la gentillesse exceptionelle et marquée dans le regard, quelqu'un dont je voulais vous parler sur ce blog depuis bien longtemps déjà : Ousmane Traoré.

On le retrouve dans la boutique qu’il possède depuis une vingtaine d’années, située juste en face du campement "chez Baba", contrairement à l’habitude qui veut que les apprentis officient avec leur maître-brodeur dans son vestibule. Ceux qu’il forme sont regroupés dans son « tindé houe » (littéralement « maison-atelier » en sonraï).

magasin

Il est installé dans la position fétiche des brodeurs : assis, jambes allongées, son inséparable planchette de bois lui servant de support posée sur les cuisses.

assis

On ne peut imaginer plus simple que le matériel nécessaire à la broderie djennenké : ni crochet, ni métier à broder, seulement un crayon à papier et quelques objets du quotidien (pièce de monnaie, morceau de plastique découpé, couvercle de boîte) pour dessiner les motifs de base sur le tissu, une aiguille et du fil, et une épine de porc-épic pour faire des trous de plus grande dimension qui viendront ornementer la pièce à broder.

C’est cette « simplicité » de la broderie réalisée à la main qui rend les travaux particulièrement fastidieux. Il faut ainsi plus de six mois de travail pour broder entièrement un « tilbi », grand boubou et pièce maîtresse de Djenné, et plus de trois semaines pour confectionner les petites taies de coussin qu’Ousmane présente dans sa boutique. Il n’est donc pas difficile d’imaginer les raisons qui ont poussé les artisans à passer à la machine à coudre ou à délaisser la broderie. On ne compte plus aujourd’hui qu’une poignée de brodeurs traditionnels dans la ville.

mains

Contrairement à l’orfèvrerie, travail réalisé surtout par des griots bambara, ou la cordonnerie, pour beaucoup confiées aux armas tout le monde peut être brodeur. Ousmane Traoré, d’origine maraka (soninké) a appris ce métier de son père. Si la maîtrise de la technique de la broderie est loin d’être aussi répandue qu’elle l’a été par le passé, elle résiste cependant encore à la modernisation et au découragement. Une dizaine d’apprentis travaille ainsi avec Ousmane, et il a transmis son savoir-faire à deux de ses fils. L’un d’eux, brode depuis plus de quinze ans et possède dorénavant sa propre boutique en centre-ville, face à l’hôtel Le Campement.

Comme la broderie a fait face à l’évolution des modes de vie, elle résiste tant bien que mal à la crise économique. La valeur d’une pièce brodée dépend du nombre de motifs et de ma quantité de fil utilisé. Les grands tilbis peuvent ainsi atteindre plusieurs centaines de milliers de CFA. Si les boutiques comme celles d’Ousmane Traoré et de son fils profitent bien sûr du tourisme et se sont d’ailleurs adaptées à la demande en proposant des taies de coussin ou des porte-monnaies, les commandes n’ont pour autant jamais cessé d’être passées et régulièrement des Maliens et des Djennenké en particulier viennent se doter de précieux habits. Ils restent une marque de richesse que l’on se plaît à afficher, et une épargne pour l’avenir, un boubou brodé pouvant être revendu si besoin est.

boubou

Quant à l’origine de la broderie de Djenné, elle soulève les mêmes doutes que celle de l’architecture de la ville . Certains mettent en évidence une influence marocaine. Pour d’autres elle aurait une origine ouest-africaine, toucouleure, et se serait enrichie ultérieurement de motifs supplémentaires. Dans tous les cas et comme l’architecture, la broderie djennenké rappelle les liens très étroits qui ont existé entre l’Afrique occidentale et le monde arabe, et l’importance de Djenné en tant que carrefour commercial et culturel.

Une ville symbole de rencontres qui, loin de tarir l’identité de la ville, ont au contraire joué un rôle de catalyseur culturel.

portrait

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05 avril 2010

Vaccinez tout votre cheptel !

Voici un panneau loin des thèmes habituels, tentant de sensibiliser à la vaccination bovine. Elle est prise au marché de Fatoma bien-sûr (voir post du 31/03/10).

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Il y est noté "vaccinez tout votre cheptel et incitez les autres éleveurs à le faire"

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31 mars 2010

Mardi, dans l'arène de Fatoma

Le mardi à Fatoma, chef-lieu d’un ensemble de vingt-cinq villages et capitale d’un arrondissement dans la région de Mopti, devient pour un temps la capitale peule de toute la sous-région !
C’est ce jour-là en effet que se tient son marché aux bestiaux, le plus grand du Mali. Les propriétaires de zébus et de moutons convergent depuis les environs et les animaux échangés repartent alors dans tout le pays et jusqu’au Burkina Faso ou au Niger voisin.

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Comme le marché « Dral », deuxième foire aux bestiaux après celle de Fatoma, qui profite de sa proximité avec la capitale (elle a lieu dans la commune de Kambila, située à 25 km au nord de Bamako), le marché de Fatoma bénéficie lui aussi d’une situation géographique exceptionnelle : il se trouve à quelques kilomètres de Sévaré, point de croisement entre la route qui traverse le pays du Nord au Sud et de la route est-ouest, la « route du poisson », qui se poursuit jusqu’à Ouagadougou au Burkina et Niamey au Niger.

L’emplacement est donc stratégique pour les ventes… il l’est aussi pour la production bovine : Fatoma est située en plein dans le delta intérieur du Niger, constitué de vaste zones inondables qui, une fois la saison des pluies passées, sont couvertes de bourgou (Echinocloa stagnina) une graminée pérenne à haute valeur nutritive et prisée du bétail. Chaque année, lorsque la décrue permet aux bovidés de traverser le fleuve, ils sont conduits dans la zone, dans le cadre d’une grande transhumance, afin d’être engraissés dans les « bourgoutières ». Cette traversée est l’occasion d’un grand rassemblement peul à Diafarabé.

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Comme chaque semaine à Fatoma, beaucoup, beaucoup d’argent passe ainsi de mains en mains et de sacoche en sacoche, le prix des bêtes pouvant atteindre des sommets : 100 000, 150 000, 200 000 F CFA par tête de bétail ! Le tout se fait dans une vaste atmosphère de poussière colorée par les grands boubous que portent les Peuls, accueillants et fiers de vous montrer leurs bêtes. Tous sont dotés d’un bâton légèrement renflé à l’extrémité, dont l’utilité devient vite évidente une fois passé dans l’arène. Les zébus sont rassemblés par centaines, au milieu des acheteurs et des propriétaires, et la tension est palpable : lorsqu’une bête se met à paniquer, mieux vaut être armé du bâton et avoir les réflexes vifs pour ne pas se prendre un coup de corne !

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À ce grand marché aux zébus, correspond également un marché, plus petit, aux moutons qui, les veilles de fêtes religieuses comme la Tabaski, prend toute son ampleur. On y trouve également toutes sortes de vendeurs annexes : les vendeurs de cordes au mètre, de qualité variable, côtoient les vendeurs de bâtons bien sûr, ainsi que ceux de chapeaux peuls ou encore d’eau fraîche...

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Une fois les affaires réalisées et toutes les nouvelles de la semaines échangées, chacun repartira avec son chargement : des gros acheteurs en camion qui s'en iront jusqu'au pays voisin... aux particuliers à mobylette, qui partiront leurs bêtes sous le bras !

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(photo Lionel Roy)

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22 mars 2010

Un meilleur avenir pour nos enfants

Non, la saison chaude ne m'a toujours pas vaincu : je n'ai pas fondu... Je suis seulement un peu débordé ces temps-ci !
En attendant, voici un autre panneau de sensibilisation en faveur de la scolarisation des enfants.

segou_panneau

L'occasion pour moi de vous encourager à lire le livre d'Oumar Issiaka Bâ : Une histoire de l'enseignement au Mali.
Oumar Issiaka Bâ a été ministre de l'Education nationale. Auparavant, il a été instituteur, puis inspecteur et directeur national de l'Enseignement. C'est finalement surtout à ce dernier titre qu'il tient, puisque c'est véritablement en assurant cette fonction qu'il a pu concrètement agir et défendre ce en quoi il croyait.
Pour l'avoir rencontré et avoir pu discuter avec lui, c'est un type assez exceptionnel et d'une modestie inouïe. Cela se retrouve complètement dans le style de son écriture : un français superbe, une écriture goûtue, pour exprimer des idées toujours mesurées.
Oumar Bâ brosse dans ce livre sa vision de l'histoire de l'enseignement. Ce n'est donc pas une étude de l'école d'aujourd'hui, mais vraiment de son histoire depuis un demi-siècle. Un éclairage qui permet ainsi de comprendre non seulement à quoi ressemble la scolarité au Mali, mais aussi et surtout comment et pourquoi elle en est arrivée à ce qu'elle est à l'heure actuelle.

Le Mali moderne est un pays dont on fête cette année le cinquantenaire de l'accès à l'indépendance. Son système éducatif est donc particulièrement jeune : à l'Indépendance, "l'école des otages" mise en place pendant la colonisation fut abandonnée, et en 1962 fut réfléchi un nouveau système de scolarisation, propre au Mali.
Se sont alors posées toutes sortes de questions essentielles, qu'il est toujours bon de se rappeler : quel est le but de l'école ? A qui s'adresse-t-elle ? De quelle façon parvenir à ces objectifs ? Et dans quelle langue ?
En 1960, elle avait pour but de former les fonctionnaires. Depuis, l'idée d'une scolarité pour tous s'est imposée : le contenu devait donc s'adapter à ce changement radical. Scolariser tout le monde mais comment ? et pourquoi ?

Un cheminement que l'on a trop souvent oublié en France, où notre  bonne vieille école ne nous paraît dorénavant modifiable que sur la forme, au mieux ajustable...

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Une histoire de l'enseignement au Mali, d'Oumar Issiaka Bâ.
Co-édition La Sahélienne et L'Harmattan.
Prix : 16 euros en France, 4 500 FCFA au Mali
Le livre se trouve dans les principales librairies de Bamako (voir la page Facebook de La Sahélienne), ou sur le site de l'Harmattan (pour y commander la version papier ou numérique).

PS : Vous avez vu la nouveauté ? Un moteur de recherche interne au blog ! (c'est en haut à gauche)
PPS : Ne publiant pas trop ces temps-ci, vous pouvez toujours vous inscrire à la newsletter (c'est en haut à droite). Vous recevrez un message à chaque nouveau post.

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12 mars 2010

Dans un cabaret de dolo

Les stocks de bois qui s’entassent devant les portes de certaines concessions et le va-et-vient des gens qui entrent et sortent des lieux trahissent une activité peu ordinaire...

Approchez-vous et entrez voir : vous voici au cœur d’un monde haut en couleur où les canaris bouillonnent, où les femmes s’activent en palabrant, et où les hommes, lourdement assis, font tourner les calebasses de main en main… : bienvenue dans un cabaret de dolo !

2__cabaret

Le dolo est le nom de la bière de mil. Fabriquée de manière artisanale et familiale, elle est l’équivalent du "tchapalo" ivoirien. Le terme un peu vague de "mil" désigne en Afrique un groupe de céréales, celui constitué par les différentes variétés de millet. Le dolo est en général obtenu à partir du "gros mil", le sorgho.

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L’islam interdisant l’alcool, c’est dans les régions animistes ou catholiques que l’on trouve du dolo. Le pays Dogon en est ainsi un grand producteur et un gros consommateur. Quant à la région bobo de San, elle confectionne le dolo le meilleur et le plus alcoolisé. Dans les villes comme Ségou, il faut chercher le quartier catholique – en l’occurrence le quartier Mission, situé derrière la cathédrale –, pour pouvoir y goûter.

Pas moins de quatorze cabarets s’y côtoient. A l’origine, ce sont les Bobos qui ont apporté la technique de fabrication du dolo. Ils tiennent la plupart des enseignes, même si la pratique s’étend aujourd’hui à des familles bambaras.
Il s’agit donc surtout d’une affaire de catholiques, mais aussi et exclusivement d’une affaire de femmes : les dolotières.

dolotiere_3

La première phase de leur travail consiste à préparer le malt. Pour cela, les graines de sorgho sont mises à germer pendant trois à cinq jours avec un peu d’eau au fond d’un canari percé. Avec la germination, les graines commencent à fabriquer les enzymes nécessaires à la transformation de l’amidon (leur forme de réserve du sucre) en sucres simples, seuls à même de provoquer plus tard des réactions de fermentation alcoolique.

4__germination

Ensuite ces graines sont séchées au soleil pendant deux jours, puis grossièrement concassées pour produire une farine : le malt.

5__s_chage

Débute alors la préparation du dolo à proprement parler.
Le malt est versé dans un grand canari d’eau auquel on ajoute une préparation à base de gombo qui emportera les granules d’amidon au fond.

gombo_2

Le surnageant contient quant à lui les enzymes. Il est mis de côté.
On fait bouillir le fond du canari pour que les longues chaînes d’amidon se déploient, puis on y ajoute le surnageant : à 60-70 °C, les enzymes sont au maximum de leur activité et découpent les longues chaînes de sucres en des éléments plus petits.
Après décantation, on réitère l’opération : tout l’amidon sera ainsi "hydrolysé" en une solution sucrée prête à subir la fermentation.

feu_1

Le contenu du canari est ensuite filtré à l’aide d’un tamis en paille tressée qui sépare le malt de la solution sucrée.

tamis

Elle est portée une dernière fois à ébullition, ce qui permet entre autres effets d’assurer la stérilité de la préparation. Ce liquide, une fois refroidi, constitue le "dolo doux" que vous pouvez demander à goûter. Il n’est pas encore alcoolisé.

Vient alors l’étape finale. Le "dolo doux" est refroidi toute une nuit et ensemencé de levures qui vont assurer la fermentation alcoolique : à partir du dioxygène et du sucre issu de la transformation de l’amidon, elles produisent de l’éthanol et du dioxyde de carbone. On obtient ainsi le "dolo fort", appellation toute relative puisque le breuvage ne dépassera guère 2 ou 3 degrés.

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Le dolo est prêt à être consommer. Il est bu dans des calebasses à 250 F CFA le litre, ou conservé temporairement dans toutes sortes de contenants, de la bouteille d’eau… au bidon d’huile de vidange !

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(photo SR)

Il contient toujours des ferments en activité, il est donc à consommer le jour même. C’est une boisson agréable (bien que souvent servie tiède) dont le goût rappelle un peu celui du cidre bouché. Détail qui a son importance, son pH acide (moins de 4,5) assure l’absence de bactéries, donc de risque pour le consommateur.

Chaque cabaret a son lot de clients habitués à la recette de leur dolotière. Chacune possède en effet ses secrets, enrichissant la préparation de sucre ou de miel...
Si vous êtes surpris par l’animation qui peut régner dans les cabaret le soir venu, et si vous êtes étonnés des effets sur certains d’un dolo pourtant peu alcoolisé, regardez attentivement : certains ajoutent à la recette leur touche personnelle… La consommation de gin en sachet va bon train !

1__bois

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10 mars 2010

Une dolotière...

... en pleine préparation de la cuvée hebdomadaire de bière de mil (le dolo).
Elle est photographiée dans son "cabaret" du quartier de la mission à Ségou.

dolotiere

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