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Au Mali, comme dans beaucoup d'autres pays musulmans, l'enseignement islamique est de 2 types : il y a les médersas. Ce sont des établissements privés qui, en plus de l'apprentissage de la lecture et du calcul, offrent un enseignement religieux. Elles sont apparues au cours des années 1950 dans les pays francophones (elles apparurent plus tôt dans les anciennes colonies britanniques). Il s'agit d'un enseignement formel, en arabe, sous tutelle du ministère de l'Éducation nationale depuis 1985 : le programme est harmonisé avec celui de l'école publique, et elles présentent leurs élèves aux mêmes examens de fin de cycle (mais en langue arabe).

Et il y a également les écoles coraniques, dans lesquelles l'enseignement n'est pas formalisé comme dans les médersas, et où les jeunes élèves, les talibés ("garibu" en bambara) se voient uniquement enseigner le Coran. Il s'agit presque exclusivement d'exercices de mémorisation de sourates inscrites sur une tablette de bois, parfois sans qu'il y ait transmission du sens du texte.
Cet apprentissage se fait auprès d'un marabout, et peut d'ailleurs être le complément d'un cursus scolaire plus classique en médersa ou à l'école publique.

Les écoles coraniques sont la forme d'enseignement la plus ancienne au Mali. En perte de vitesse aujourd'hui (notamment par rapport aux âges d'or de Tombouctou et de Djenné), elles sont associées à l'un des fléaux urbains : la mendicité enfantine. A Bamako, il est ainsi absolument impossible de sortir sans voir mendier quantité de gamins hauts comme 3 mangues avec, en main, une boite de conserve fendue façon tirelire. Ils passent ainsi une bonne partie de la journée à essayer de récupérer quelques sous pour le maître, faute de quoi ils se feront sévèrement chicoter.

Comme d'autres coutumes dramatiquement détournées (je pense ici à cette cette tradition de mendicité des jumeaux), il s'agirait en fait d'un usage mis en place par Sékou Amadou (voir post précédent) qui, initialement, pouvait avoir un certain intérêt : voulant rendre la scolarisation obligatoire mais étant confronté au manque de moyens, Sékou Amadou aurait décrété qu'un court moment de la journée servirait aux enfants à aller quêter leur nourriture. C'est en effet au repas du midi que se joue la scolarisation de beaucoup d'enfants qui n'ont pas d'établissement à proximité. Nombreux parents sont réticents à envoyer leurs enfants à l'école car, en plus d'une main d'œuvre perdue au champs, il leur faut payer le déjeuner. Plusieurs associations et directeurs d'école essayent ainsi de trouver le moyen d'assurer le repas. Scolariser un enfant devient ainsi pour la famille, un repas d'économisé !

A lire, "l'enseignement islamique en Afrique Noire", article de Stefania Gandolfi dans les Cahiers d'études africaines. Et cet article d'Afribone.