Dans la plupart des villes du Mali, on retrouve un quartier ou une place faisant référence à Hamdallaye (ou Hamdallahi). En arabe, cela signifie "louange à Dieu". Ce nom est en réalité celui de l'ancienne capitale d'un des royaumes les plus puissants de l'histoire de l'Afrique occidentale dont nous allons parler aujourd'hui : celui du Macina.

Contrairement à d'autres royaumes ou empires, qui ont été sous l'influence de plusieurs leaders ayant successivement apporté leur empreinte et étendu leurs domaines d'influence, celui du Macina est presque exclusivement associé à son fondateur et ne lui aura pas survécu bien longtemps : parler du royaume du Macina, c'est parler d'une des grandes figures de l'histoire ouest africaine : Sékou Amadou.

Replaçons-nous dans le contexte historique de l'époque : nous sommes au XVIIIe siècle. Le temps des grands empires est terminé (qui a vu se succéder l'empire sarakolé du Ghana du IIIe au VIIIe siècle, puis l'empire malinké du Mali du XIIIe au XVe siècle, enfin l'empire songhaï au XVe et XVIe siècle). Nous sommes au temps des plus petits royaumes. Dans la région de Ségou, le royaume animiste bambara bat son plein.

Les Peuls sont présents dans la région du delta intérieur du Niger depuis le XIVe siècles, arrivés du Fouta Toro (au Sénégal) par vagues successives. Principalement animistes, ils sont sous le contrôle des ardos (les chefs) du clan peul des Diallo, eux-mêmes dominés par les empires successifs, et depuis 1670 par les Bambaras de Ségou.

Mais en 1818, Sékou Amadou, membre du clan Barry (des Peuls musulmans), décide de livrer bataille contre les ardos coalisés avec l'armée du royaume de Ségou. Il gagne une bataille décisive et lance alors le djihad, la guerre sainte. L'année suivante, après un siège de 9 mois, il entre victorieux dans Djenné, où il a suivi son enseignement coranique. Djenné est musulmane, pas assez. Il commence donc par détruire la mosquée aux origines douteuses pour en construire une nouvelle (voir post du 03/10/09).

Ainsi commence l'histoire du royaume du Macina, un royaume théocratique qui n'aurait pas la cote aujourd'hui : la diina du Macina ("diina" signifiant "foi en l'islam").

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La ville d'Hamdallaye se situe à 32 km de Mopti. On y trouve les ruines du palais, entourées d'un mur d'enceinte en pierre sèche, lieu de culte où les Peuls viennent se recueillir chaque année dans le cadre d'un grand pèlerinage (le ziara). Sékou Amadou, son fils Amadou Sékou, Alpha Nouhoum Tahirou (l'un de ses fidèles) et Wélaré (son esclave) y sont enterrés (photo ci-dessous).

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La force de Sékou Amadou, dont le mausolée est en photo ci-dessous, est d'avoir réorganisé de fond en comble la société peule. Si certains cherchent un exemple d'Africain ne s'étant pas laissé bercer par l'éternel recommencement des choses, ils vont être servis avec Sékou Amadou !

La liste des réformes est sans fin, et il est fascinant d'imaginer comment un homme put réorganiser à ce point une société entière : traditionnellement nomade, Sékou Amadou imposa la sédentarisation. Ainsi se créèrent des villages peuls dont la richesse s'accrut car, en plus de l'élevage, cela permit de développer une agriculture dont la main d'œuvre était constitués des nombreux captifs animistes, les "rimaïbés". Il unifia également la province et renforça le commerce en uniformisant les unités de mesure pour le tissu, le grains et les liquides, en réorganisant l'espace via la création de quartiers, de villages, de cantons, de provinces, administrés par un pouvoir politique particulièrement organisé.

La justice fut également totalement réformée (et on imagine bien que pour faire passer de telles réformes, elle dut être impitoyable), basée sur les lois coraniques.

Un service militaire fut créé, obligatoire, tout comme le fut la scolarisation pour tous les garçons et toutes les filles dès l'age de 7 ans. Rien n'était laissé au hasard, Sékou Amadou organisa jusqu'à l'occupation du territoire avec les zones de pâturages, les transhumances, etc.

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Le mausolée du fils de Sékou Amadou, appelé... Amadou Sékou !
(Son petit-fils, qui lui succéda sur le trône, s'appelait quant à lui Ahmadou Ahmadou...)

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Ainsi, la richesse et le pouvoir de la diina du Macina s'accrurent de manière fulgurante. A cet état devait correspondre une capitale forte : Hamdallaye fut fondée de 1819 à 1821. A son apogée, elle comptait 60 quartiers et pas moins de 750 écoles coraniques pour 300 000 habitants.

Si le palais ne laisse pas franchement au visiteur une impression de vertige, ne manquez pas en partant un bout du tata, le rempart qui encerclait la ville. Rien n'est indiqué, ce sont pourtant les seules ruines qui laissent un peu imaginer ce que fut la taille de la capitale : les restes d'un mur de 5600 m de périmètre délimitant un territoire de 246 hectares. Ce tata comportait plusieurs tours de 6 ou 7 m de haut...

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La fin de la diina du Macina correspond à l'extension du dernier grand empire d'Afrique de l'Ouest, issu là encore d'un djihad mené par le Toucouleur El Hadj Oumar Tall.
Encore un personnage à la destinée hors du commun.
Et encore une autre histoire.