Petit coup de projecteur sur une initiative qui prend de l'ampleur :
le programme "Des toits de terre au Sahel".

Je vous en ai parlé plus d'une fois : Au Mali, l'architecture traditionnelle est réalisée en terre crue, plus précisément en banco (un mélange d'argile, de paille, de bal de riz, et de karité s'il est de qualité : voir post du 22/01/08).
Ses intérêts sont multiples : Le banco est thermiquement bien plus adapté qu'une construction en ciment , surtout avec un toit en tôle (sa grande inertie thermique permet qu'il fasse encore chaud quand le froid est de saison... et que l'atmosphère reste fraîche quand la saison chaude bat son plein), le bâtiment est plus simple et moins cher à réaliser (on reviendra prochainement dans le détail sur cet aspect) et l'argile ne manque pas au Mali, chaque village sinon chaque quartier ayant sa bancotterie.
On pourrait y ajouter une liste longue comme le bras d'autres avantages (l'esthétique et la tradition, l'acoustique en saison des pluies qui est incomparable par rapport à un toit en tôle, l'air qui est plus sain car l'argile "respire", etc.)

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Reste qu'en ce qui concerne le prix, ce qui représente une large part de l'investissement de construction est le toit : la charpente des bâtiments est en bois de brousse, or lui coûte cher. Et quant il est remplacé par de la tôle importée, c'est alors en plus une bonne partie des avantages de la technique de construction en terre crue qui disparait (sans compter que disparait alors la possibilité de toit en terrasse)...

Par ailleurs, si l'argile est une matière première particulièrement disponible... le bois de brousse, déjà surexploité par son usage domestique et sa transformation en charbon (cf. post du 23/06/08) ne l'est pas et risque de l'être de moins en moins étant donné la démographie malienne. Les toits en bois s'inscrivent donc à la croisée de problématiques plus vastes (écologiques, économiques, humaines...) : la disparition du couvert végétal est le point de départ de la désertification.

Coup de projecteur donc sur l'Association Voûte Nubienne (AVN).

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L'association (voir leur site internet très riche d'informations) promeut un type de construction africaine particulier, développé en Haute Egypte il y a 3500 ans, et permettant de construire le toit des maisons sans avoir recours ni au bois, ni à la tôle !
Le principe : utiliser "de la terre crue, matière première abondante, malaxée sous forme de mortier et de briques séchées au soleil et de se passer de l'utilisation de coffrage pour le bâti de la partie voûtée." (source et schémas ci-dessous issus du site d'AVN)

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L'association AVN a été créé en 2000 par Thomas Granier, d'abord implantée au Burkina (sous la tutelle de Séri Youlou), elle est présente dorénavant au Mali, au Sénégal, au Togo, en Guinée et en Côte d'Ivoire. La technique traditionnelle de la voûte a alors été repensée et simplifiée pour lui permettre d'être développée le plus largement , le plus rapidement, et à un cout le plus réduit possible : "une bonne semaine pour les fondations, deux semaines pour tout le reste. En vingt-cinq jours, on peut avoir fini sa maison. Le tarif, pour les fondations, varient de 50 000 (76 euros environs) à 150 000 francs CFA, selon que le futur propriétaire fabrique lui-même ses briques ou les achète, paie la main-d'oeuvre ou se fait aider en échange d'autres services, etc. Toutes les solutions sont possibles. Bien moins que les 110 000 francs CFA à débourser pour une maison "classique", de taille équivalente, rien que pour les tôles." (source : Le Monde du 09 janvier dernier)

L'association a donc pour but de faire connaître ce type architectural, de former les maçons sur place et ainsi de "permettre l'appropriation pérenne du concept architectural VN par les populations sahéliennes" via un transfert de technologie (à la base du fonctionnement de l'association, et qui manque si souvent dans les programmes "d'aide au développement"). Au 1er Septembre 2008, 115 maçons avaient ainsi été formés et 200 apprentis étaient en formation.
"Lorsque 5% de la population sahélienne bénéficiera du programme, la vulgarisation de la technique sera autonome, et l'architecture VN se propagera ainsi de manière pérenne."

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Depuis le mois dernier, l'association a ouvert un bureau au Mali, à Ségou, grâce à un partenariat avec l'association espagnole Intervida. Le bureau est situé à Pélangana (quartier à la sortie de la ville sur la route de Mopti) où un Cescom (Centre de Santé communautaire) a déjà été construit sur le modèle VN.

J'étais justement à Ségou le week-end dernier, et j'ai pu me faire ouvrir les portes du futur Centre Culturel de Pélangana (situé juste derrière la Mairie du quartier), dont les photos illustrent ce post.

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à voir : la vidéo de présentation de l'association