08 octobre 2009
Les mosquées abandonnées
Dans un post précédent (celui sur la mosquée de Djenné), je vous disais qu'on ne détruisait pas, autant que possible, une mosquée. C'est un lieu de culte, et les murs ont, avec le temps, accumulé les prières.
Plutôt que de l'abattre à coup de daba, on préfère donc laisser au temps (dans tous les sens du terme) le soin de faire disparaître le bâtiment.
En voici un exemple, dans le village de Kolokani (dans le Mandé)...
03 août 2009
segena finyé bo ka nye : an ka taa !*
De retour de Mauritanie, le dit du Magot s'offre quelques vacances !
A vrai dire, c'est déjà fait : les derniers messages ont été postés en avance.
A l'heure où vous me lisez, je suis du côté de Ségou, Djenné, Mopti, du lac Débo, du pays dogon, d'Hombori, de Tombouctou... ou sur une des îles du Cap Vert.
De quoi en raconter encore des choses ici !
Rendez-vous donc ici-même dans un mois !
Peut-être y aura-t-il quelques surprises avant... Quoi qu'il en soit vous pouvez vous abonner (c'est en haut à droite) : un message vous avertira quand le blog aura repris du service !
Merci à toutes et à tous qui partagez ici tout ces moments !
A vrai dire vous êtes chaque mois plus nombreux, et ça fait bien plaisir !
A très bientôt !
Alexandre
au fait, le titre signifie "les vacances sont chouettes : en route !"
23 mai 2009
portraits malinkés
De retour de 2 jours passés dans le Mandée, et avant de filer à Ségou-koro...
3 photos prises hier à Kangaba pour la première et la dernière, et dans le village de Jelibani pour celle du milieu.
Comment décrire ce qui se passe quand on croise le regard de ces bambins ?!
11 février 2009
(2/4) le n'ko : une revendication identitaire
[Lire le post 1/4 : "L'alphabet n'ko, un alphabet pour les langues mandées"]
"L’alphabet est l’incontestable pilier du langage humain. Il est le creuset où vit la mémoire de l’Homme. Il est un remède contre l’oubli, redoutable facteur de l’ignorance" (Frederic Bruly Bouabré)
Y a-t-il une Histoire si elle n’est pas écrite noir sur blanc ?
Pour avoir assisté à plusieurs débats sur la charte de Kurukan Fuga (une charte des droits fondamentaux à valeur universelle, proclamée en 1236 au Mali (à Kangaba) par Sounjata Keita au moment de fonder l’empire du Mali, et depuis transmise par oral) la question se pose bel et bien.
Dans ce cas, tenter de remettre la main sur le texte d’origine serait bien sûr une absurdité, on pourra tout au plus s’approcher des idées initiales en recoupant les versions (qui devront être les plus nombreuses et de sources les plus variées possible).
Pourtant, le problème semble plus profond encore puisque certains historiens remettent en cause l’existence même de la charte du fait qu’il n’y en ait aucune trace écrite d'époque.
Seulement l’Afrique occidentale ayant été dépourvue jusqu’à récemment d’un écrit généralisé, son Histoire est donc en grande partie colportée à l’oral, par les griots notamment, en des formes qui varient énormément et qui sont très souvent imbriquées à quantité de mythes et légendes.
L’Histoire africaine, pour ces historiens occidentaux, ne débuterait alors dans le meilleur des cas qu’avec les écrits arabes d'Ibn Batûtta, etc. Une histoire fragmentaire, subjective bien sûr, écrite par des étrangers donc.
Djibril Tamsir Niane, en guise d’avertissement, préface ainsi sa biographie de Soundjata Keita, écrite à partir des récits d‘un griot guinéen "Soundjata ou l’épopée mandingue" (publié aux éditions Présences Africaines, c'est un petit livre qui se dévore comme un roman d’aventure et que vous pourrez trouver dans nombre de petites librairies de bord de route au Mali) :
"L’occident nous a malheureusement appris à mépriser les sources orales en matière d’Histoire; tout ce qui n’est pas écrit noir sur blanc étant considéré comme sans fondement. Aussi même parmi les intellectuels africains il s’en trouve d’assez bornés pour regarder avec dédain les documents "parlants" que sont les griots et pour croire que nous ne savons rien ou presque rien de notre passé, faute de documents écrits. Ceux-là prouvent tout simplement qu’ils ne connaissent leur propre pays que d’après les Blancs."
Souleymane Kanté a ainsi passé toute une partie de sa vie à voyager et à transcrire en n’ko toutes les sources qu'il pouvait : la charte de Kurukan Fuga fut d’ailleurs un des points sur lequel il passa du temps, et sa version de 149 articles, bien que non prise en compte dans les colloques officiels, est de loin la plus développée.
L'un des objectifs du n'ko est donc par là de pouvoir fixer l’Histoire sur papier afin de se la ré-approprier, la rendre valable aux yeux des occidentaux et ainsi pouvoir ainsi la revendiquer sans complexes.
Ce lien très fort entre trace écrite et Histoire l’est d’ailleurs d’autant plus en Afrique occidentale, et au Mali en particulier, que l’archéologie n’est quasiment pas développée.
Mais le problème prend une importance bien plus essentielle encore du fait que l’Histoire est une des pierres fondatrices de l’identité. Ainsi en Afrique la question de l’écrit, et du n'ko en particulier, s'inscrit dans une problématique identitaire.
Les raccourcis sont en effet rapides :
- l’oralité entraîne la perte et la déformation de points historiques,
- lesquels sont utilisés pour déconsidérer cette Histoire.
- or sans Histoire, on ne se construit pas d'identité,
- et le premier pas (mais pas le moindre) est alors fait vers une forme de domination culturelle (pour n’évoquer qu’elle, les autres vont bien souvent avec) par ceux qui aurait une histoire, une identité, et qui forts de ça, voudront dans une démarche paternaliste sinon raciste vous apprendre leur histoire (ou dans le meilleur des cas, la vôtre selon eux), leurs valeurs…
"La malédiction de l’oralité" (selon les termes employés par Jean Loup Amselle dans son livre Branchements, anthropologie de l'universalité des culture) comme source de domination culturelle, donc…
Le destin d'un autre alphabet africain, l'alphabet Shü-Mom permettant de transcrire le bamoun, représente bien ce lien :
il fut inventé en 1903 par le souverain d'un royaume du Cameroun, Ibrahim Njoya. Son utilisation se répandit rapidement, et il fut ainsi utilisé par l'administration (un bureau d'état civil, identitaire s'il en est, fut alors institué) mais également dans le cadre d'un vaste travail de collecte de récits historiques.
La presse royale fut finalement brisée et l'apprentissage de l'alphabet interdit dans tout le territoire par l'administration coloniale française.
(voir un manuscrit bamoun, de la BnF)
Par ailleurs, et toujours pour en revenir au n'ko et à cette fameuse charte de Kurukan Fuga : lors de la conférence qui a eu lieu l’an passé au CCF sur ce thème, des prises de paroles très revendicatives regrettaient que la charte n'ait pas été prise comme base de la constitution malienne plutôt que de être appuyée sur les principes français. Pourquoi ne pas être aussi fier de cette charte, que ne l’est la France de la sienne ? La question avait été posée.
Il s’agit là d’un aspect fondamental du n'ko : permettre d’être fier de son savoir, de son histoire, et ne pas être gagné par un quelconque complexe d’infériorité.
C’est pourquoi, au-delà des disciplines historiques, Souleymane Kanté a généralisé sa transcription à tous les domaines du savoir : littérature, biologie, géologie, philosophie, théologie, médecine… au travers des 183 livres qu'il a rédigés en 38 ans.
Quasi simultanément à l'invention du n'ko, le génial Frédéric Bruly Bouabré, un Ioirien, découvrait au travers d'une révélation un syllabaire de 448 signes permettant de traduire la langue et l'histoire de son ethnie Bété. Dans une démarche très similaire à celle de Kanté, la centaine d'ouvrages rédigés par Bouabré a concerné des domaines aussi variés que l'histoire, la littérature (contes et poésie), la philosophie, le droit... réunis sous le titre "connaissances du monde"
[quelques exemples de signes, représentés sous forme de cartes dessinées : Extrait de ce site. Puis son texte de présentation accompagné d'un exemple de traduction. Extrait d'ici .]
Leur démarche à tous les deux était donc celle des encyclopédistes.
La question ne se pose pas, ou n’a pas d’importance en occident il me semble, de savoir si une connaissance est d’origine américaine, africaine, asiatique… pourtant j’ai personnellement perçu ce sentiment plus d‘une fois chez des maliens que le savoir était toubab : les connaissances appartiendraient aux blancs, résultat d’une sorte de complexe d’infériorité maintes fois rencontré, jusque chez mes lycéens (une élève malienne a ainsi voulu me démontrer le mois dernier que les Africains étaient plus proches de l'ancêtre commun de l'Homme et du singe que ne le sont les blancs. Parmi les critères sur lesquels elle se basait, elle faisait mention de "critères intellectuels" !) : fruit caractéristique et bien mûr de cette violence symbolique que décrivait Bourdieu.
Pour lutter contre cela, Souleymane Kanté a donc voulu que les africains se ré-approprient le savoir et cela devait passer, pour lui, par l’écriture et par la langue.
Dans la préface de son ouvrage de vulgarisation scientifique, il note ainsi :
" Il est à constater que dans ces deux principes (s’organiser et s’instruire) l’homme blanc est supérieur à l’homme noir. Cette supériorité à obligé ce dernier à se faire humilier, être opprimé et exploité par le premier [...]. Il est évident que pour retrouver sa liberté et sa dignité d’homme, le noir doit lutter contre son oppresseur [...], puis [...] s’organiser et s’instruire. Donc il doit adopter en toute hâte la pensée scientifique et l’évolution moderne."
Souleymane Kanté explique alors que pour que cela soit rendu possible, il fallait que ce soit dans sa langue, et avec une écriture propre. Et il ajoute un peu plus loin :
" Le présent livre, quoique trop abrégé, montrera clairement :
1) A nos frères intellectuels que toute sortes de connaissances (scientifique, philosophique et religieuse) sont non seulement possible en langues africaines, mais plus facile qu’en plusieurs langues européennes.
2) A nos anciens maîtres, dans tous les domaines d’évolution, n’est pas inférieur à son concitoyen de la Terre.
3) Il facilitera à nos frères illettrés la connaissance des principales pratiques de la vie moderne."
Il en ressort clairement qu'un des objectifs de sa démarche est de s’opposer à la domination étrangère, en l’occurrence à la domination occidentale mais aussi arabe (qui toute 2 ont abouti à une colonisation).
En cela aussi, la démarche de Souleymane Kanté se rapproche de celle des encyclopédistes des lumières qui avaient rassemblé et vulgarisé un nombre incalculable de connaissances - par écrit - afin de lutter contre l’obscurantisme. Le but était de faire acquérir au plus grand nombre un savoir et le recul nécessaire pour s’opposer à la domination cléricale : lutter contre l’obscurantisme, point de départ, cheval de Troie de la domination, telles sont exactement les démarches de Souleymane Kanté et de Brouabré !
Il était donc d’importance que ces transcriptions se fassent non seulement par écrit, mais au travers d’un écrit africain !
Pour cette lutte contre toute forme de domination, Souleymane Kanté tenait à revendiquer une culture propre, aussi forte que les autres… en développant donc ses propres outils.
Il s'agissait de se ré-approprier l’ensemble des connaissances, en les traduisant sur papier (vecteur indispensable à une large propagation de la connaissance), via un écrit africain.
La citation de Bouabré qui ouvre le post était incomplète. Il avait en effet ajouté : "Trouver sur la scène de la vie humaine une écriture spécifiquement africaine tel est mon désir."
Et il dit ailleurs :
"L’africain doit être bienvenu dans tout cercle culturel s’il se nourrit à fond de l’idée d’une fondation d’un système spécifiquement africain ou du monde noir. Telle est ici ma propre devise et c’est pourquoi j’insiste sur la présentation de l’Alphabet Bété."
L'objectif est donc clairement d'affirmer sa culture, d'annihiler tout complexe d'infériorité en prouvant que sa culture ne vaut pas moins qu'une autre, en se recentrant sur ses valeurs. Une démarche afrocentriste donc, que Jean-Loup Amselle compare à celle de Cheikh Anta Diop (qui basait la sienne notamment sur la théorie d'une "Egypte nègre", c'est à dire une origine noire africaine - nubienne - de la civilisation égyptienne), domaine sur lequel s'est également aventuré Bouabré en parlant d'un "Jésus noir" (citation p3)
[Souleymane Kanté (en haut, second en partant de la droite) et sa famille]
[ci-dessous, portrait issu du site n'ko Kandjamadi]
Le n’ko incarne donc un mouvement de revendication identitaire et de libération.
C’est surement pourquoi Souleymane Kanté n'est pas seulement considéré comme l'encyclopédiste qu’il a été mais comme un héros culturel : c’est que son action ne s'est pas uniquement située dans une transmission du savoir et de la linguistique, il a été et demeure une figure identitaire forte qui a voulu remettre en avant l’identité du Mandé au travers d’une unité mandingue retrouvée et réaffirmée.
Le nom du journal du centre n'ko de Koutiala illustre bien cette volonté d'unité puisqu'il s'intitule "sinjiya fobe" (journal de la fraternité)
Et classiquement, comme ce fut le cas en France, comme ce fut le cas en général dans les pays où des cultures diverses cohabitaient, Souleymane Kanté a envisagé de sceller cette unité par l'utilisation d'une langue commune.
Dans les années 1960-70, De Gaulle tentait ainsi d'éliminer les langues régionales. J'avais également évoqué (voir le post du 06/12/06) le cas de l'Indonésie, aux multiples cultures et aux multiples langues, qui a conçu une langue, le bahasa indonesia (essentiellement inspirée du malais), afin de créer une unité linguistique pour les 5000 îles que compte le pays...
... Parce que voilà : le n’ko n’est pas uniquement un alphabet, c’est aussi une langue.
Fort de ses connaissances en linguistique, Souleymane Kanté a en effet tenté d'extraire des langues mandées leur substantifique moelle commune pour tenter de retrouver la langue originelle.
Et dans sa tentative de lutter contre une domination paternaliste en tuant le père justement, il a ainsi essayé de débrancher la culture mandée des influences françaises et arabes, en créant son propre alphabet d'une part, puis en tentant de purifier la langue de ses mots empruntés (démarche que l'on retrouve dans le cadre de la francophonie, qui tente d'unifier des pays et des gens d'origines et de cultures très diverses autour de l'usage du français et qui réinvente des mots comme "courriel").
Pour prendre un exemple précis : les jours de la semaine (de dimanche à vendredi : kaari, tenen, tarata, araba, alamusa, juma, sibiri... On peut ajouter "-don" (= jour) comme suffixe à chacun de ces mots) sont issus (à l'exception de kaari) de termes arabes (lundi : alathnyn, mardi : althlatha'a, mercredi : alarbaaa'a, jeudi : al'hmys, vendredi : jmah).
Souleymane Kanté a donc inventé une série de termes en se basant sur des mots de vocabulaires existant :
- lundi = kobadon (de "kununkoba" en mandingue ("kunasininko" en bambara), qui veut dire "avant-avant-hier")
- mardi = kodon (de "kunko" voulant dire "avant-hier" en mandingue et devenu simplement "ko")
- mercredi = kunundon (kunun voulant dire en mandingue, comme c'est le cas également en bambara, "hier")
- jeudi = bidon ("bi" = "aujourd'hui", en mandingue comme en bambara)
- vendredi = sinindon ("sinin" = "demain", également en bambara)
- samedi = kenedon (de "sininkene", qui veut dire "après-demain" là aussi en mandingue comme en bambara).
- Enfin, dimanche se dit "kaaridon", seul jour de la semaine conservé car n'étant pas d'origine arabe.
Cette tentative d'unifier le mandé par la langue et l'écriture peut rappeler l'aventure de Soundjata Keita, avec qui finalement Souleymane Kanté ne partage pas que les initiales !
L’unification du Mandée dans un vaste empire du Mali fut réalisée en effet au XIIIe siècle par Sounjata Keita, qui avait réuni les colères et les mécontentements de tous les rois du Mandé voulant se défaire de la domination Sosso incarnée par son roi : Soumaoro Kanté.
L’unification fut justement scellée à Siby, peu de temps avant la bataille finale qui allait l'affronter au roi Sosso, où les souverains de toutes les provinces du Mandé s'étaient réunis. Son griot commença alors par citer un à un les différents rois, et son récit se termina par "tous les fils du Manding étaient là, tous ceux qui disent "n’ko", tous ceux qui parlent la langue claire du Manding étaient représentés à Sibi."
Et c’est donc non seulement sous cette appellation de "n’ko" (qui signifie "je dis" quelle que soit la langue mandée) que Souleymane Kanté a baptisé son alphabet, mais c’est également sous celle de "langue claire" ("kangbé"), que Souleymane Kanté a baptisé sa grammaire n’ko !
Et si Soundjata a quant à lui libéré le Mandé par la force, le mouvement n'ko ne s'en livre pas moins à une guerre culturelle, une "guerre de l'écriture" pour reprendre les propres termes du président de l'association n'ko du Mali. Le vocabulaire employé dans la lettre ouverte de l'association culturelle n'ko, adressée au président de l'assemblée et aux élus, est d'ailleurs emprunté à ce registre :
"Où placez-vous la question de la culture ? (non pas en termes de
folklore mais de réarmement et de refondation indispensable pour le
processus de développement)."
C’est pourquoi je répondais à ma mère (Irène) dans son commentaire concernant l’usage du français (voir post du 4 février) que je ne miserais pas trop de noix de kola sur l’avenir de la langue française au Mali. Elle présente l’avantage évident de ne donner la priorité à aucune des 13 autres langues nationales (des problèmes identitaires se posent au sein même de l'État), mais on voit bien au travers du n’ko qu’une revendication identitaire nationale, passant par la langue, existe bel et bien.
Et cette revendication se perpétue aujourd’hui encore, justement à l'avènement d'une mondialisation qui "n'entraîne pas une uniformisation culturelle mais au contraire des "guerres identitaires" ou des "guerres de cultures"" précise Jean-Loup Amselle…
La lettre ouverte citée un peu plus haut, se termine justement ainsi :
" nous nous sommes libérés il y a 47 ans, il faut à présent libérer nos langues"
" Vous engagez-vous à prendre rapidement des mesures concrètes pour que nos langues nationales soient de plus en plus utilisées, concurremment avec la langue française,
- dans l’enseignement
- dans la vie politique
- dans l’administration publique
- dans l’état civil
- dans les cours et tribunaux
- dans les transactions bancaires
- dans la presse parlée et écrite, les débats à la radio et à la télévision
- et même dans les messages à la nation du chef de l’État), etc. "
Et on y trouve, et c'est à mon sens tout à fait dans le sujet, un hommage rendu à une certaine politique…
"Ces langues sont embastillées depuis leur transcription, dans le coffre blindé et scellé sous le vocable "langue nationale". Elles sont considérées comme des "sans-papiers" et bonnes à être nettoyées par la méthode de l’oubli délibéré, de l’ignorance voulue et de "l’interdiction de séjour"."
… Politique incarnée par un homme dont le paternalisme, affiché au travers d’un discours bien connu ici (à relire sur le site de l'Élysée et prononcé à l'université... Cheikh Anta Diop !), fit grand bruit justement concernant son approche de l’histoire et de l’identité africaine.
A suivre : Le n'ko et l'islam...
04 février 2009
(1/4) L’alphabet n'ko, un alphabet pour les langues mandées
Étrangement, ce sont souvent les sujets qui m’intéressent le plus à propos desquels j’ai le plus de mal à écrire une note…
Je vais essayer de m'attaquer à l'un d'eux et de vous en brosser les contours au travers des 4 prochains posts : 4 aspects de l'écriture n'ko...
Ainsi, il y a deux semaines, je suis parti à Siby avec Burama, un ami particulièrement impliqué dans le mouvement n'ko.
Avant tout, le n'ko est un alphabet, inventé en 1949 (un jeudi 14 avril si vous voulez tout savoir !) par le Guinéen d’origine malienne Souleymane Kanté (1922-1987). C’est un système de 20 consonnes et 7 voyelles permettant de transcrire les langues mandées (le mandé est un groupe ethno-liguistique parlant le bambara, le dioula, le malinke et le mandinko).
Comme en arabe, les lettres sont liées. Au moment d'inventer son alphabet, Souleymane Kanté s'était posé la question du sens de l'écriture. Il avait alors observé qu'en donnant un crayon à un enfant ne sachant pas écrire, celui-ci allait, intuitivement, faire un trait de droite à gauche. Cela détermina donc le sens de lecture, son alphabet ayant pour vocation d'être le plus largement répandu et d'inciter à l'alphabétisation...
A Siby justement se trouve une école n'ko, et nous rencontrons ainsi Dramane Fofana (posant ici, devant le tableau de classe qui porte encore les traces de la leçon précédente). La trentaine à peine passée, il est l’un des 2 enseignants de l’école et accepte de passer l’après-midi avec nous…
Créé en 2003 par Sinali Camara, l'école comporte 1 seule salle de classe dans un nouveau bâtiment tout neuf, où 2 enseignants dispensent des cours à 27 enfants le matin (réparties en 3 niveaux) et 15 adultes en cours du soir, moyennant des frais d’inscription de 500 FCFA par mois.
Au Mali, tout le monde peut monter une école privée. Cet établissement scolaire ne repose donc pas sur le programme officiel malien, ni d'ailleurs sur un quelconque programme officiel n'ko, mais essaye tant bien que mal avec les moyens qui sont les siens, de donner des formations à peu près équivalentes aux écoles fondamentales. L'accent est mis sur l'alphabétisation, mais l'objectif à terme est de pouvoir dispenser également des cours d'histoire géographie, d'anglais, etc.
L'école n'est pas seule pour autant, et s'inscrit dans un vaste mouvement de promotion du n'ko assez bien structuré au Mali (2 associations, l'une nationale (LAYA), l'autre internationale, NYAYA (il me manque une lettre pour transcrire le [NY]) ont leurs bureaux dans la capitale). Pas de programme officiel donc (cela ne fait que 2 mois qu'une académie n'ko s'est constituée afin de poursuivre la réflexion linguistique entamée par Souleymane Kanté, et éventuellement de pouvoir travailler sur la réalisation de manuels scolaires) : le seul suivi des instances bamakoises étant pour le moment l'envoi d'un professeur de n'ko venu il y a quelques mois pour effectuer une formation des 2 enseignants.
Il semble que l'école fonctionne assez bien (mais aucun des élèves n'a pour objectif de passer le DELF - équivalent malien du brevet des collèges - ni a fortiori le bac), les conditions incomparables offertes par rapport à une école fondamentale (équivalent de l’école primaire) où les enfants sont scolarisés à une centaine par classe ne doivent pas y être étrangères.
L'alphabétisation des enfants est donc réalisée par le biais du n'ko. Les caractères latins ne sont introduits qu'au service de l'apprentissage du français comme langue étrangère, à partir de la 3e année. La grande différence de méthode entre le système n'ko et le système malien officiel repose donc sur le fait que l'alphabétisation, qui se fait dans la langue natale, est déconnectée de l'apprentissage du français.
Dans la préface de son traité de sciences, écrite en 1960, Souleymane Kanté explique sa démarche au travers d'une préface "rédigée en français et adressée aux intellectuels africains instruits en langue officielle de l'ex A.O.F" (seul partie qu'il m'a donc été possible de déchiffrer). Il y développe justement ce point en précisant que :
"des expériences montrent que la seule solution pour instruire un peuple arriéré est l'enseignement (même supérieur) donné dans des langues nationales qui est douze fois plus rapide qu'être artificiellement cultivé dans une langue étrangère. Nous avons constaté qu'un enseignement nocturne (alphabétisation) donné aux adultes en langues nationales peut le certifier dans un délai maximum de six mois, tandis qu'en langues étrangères il faut six ans au moins."
Rapidement, Dramane Fofana nous amène à un autre aspect fondamental du n'ko comme système de transcription des langues mandées à l'écrit : "seul le n'ko permet de bien écrire [sa] langue", nous dit-il…
L’alphabet comprend en effet un système à 8 accents, permettant de différencier les tons, si importants dans les langues mandées : faites attention, par exemple, en parlant de votre chien ! Le u se prononce "u". Le "ù" est à ton bas (que nous connaissons en français avec l’accent circonflexe : "pâte" à ton bas, et non "patte" à ton haut)… ainsi, si "wùlu" parle du chien, "wulu" évoque tout autre chose et peut vous amener à des situations cocasses !
Cette transcription des tons est à la base même de l’origine du n'ko : conscient de l’importance de l’écrit, Soumeymane Kanté avait commencé au départ par se servir de l’alphabet arabe. Mais en devant ajouter des lettres et une quantité importante de signes, il arriva vite à un système difficilement utilisable :
"J'ai finalement compris qu'au-delà des frais d'imprimerie exorbitants, les lettrés en arabe à qui j'ai montré mon manuscrit me dirent que j'ai compliqué un système d'écriture déjà compliqué; des illettrés me dirent que j'ai surchargé l'écriture arabe qui est déjà surchargée de diacritiques. J'ai compris que je ne devrais pas engager tout mon argent pour assurer les frais d'imprimerie d'un document que le lectorat n'apprécierait pas"
(Interview de S. Kanté réalisée en 1969 issue de cet article du Guinéen Ibrahima Sory Condé, rédigé à l'occasion du 2e congrès de la linguistique et des langues mandées en 2008)
Il s'est alors tourné vers l’alphabet latin… mais peu adapté non plus : mettez le nez dans les grammaires et les méthodes bambara, vous y trouverez autant de types d’accentuation que d’auteurs ! L'ex-DNAFLA (Direction Nationale d'Alphabétisation Fonctionnelle et de Langues appliquées, aujourd'hui rebaptisée CRENEF) a d'ailleurs finalement décidé, tout en reconnaissant évidement son importance, d’en abandonner l’usage !
Devant cette difficulté, et persuadé que la transcription des tons était indispensable, Souleymane Kanté s’est donc finalement résolu à inventer un alphabet original et adapté aux langues du Mandé.
"Kanté et ses héritiers intellectuels sont d'avis qu'aucune alphabétisation ne se généralisera dans les langues mandingues tant qu'elle ignorera l'aspect phonétique et phonologique (...). Ainsi, l'échec de l'enseignement formel et de l'alphabétisation générale dans les langues nationales que prônait Ahmed Sékou Touré en Guinée est imputé, entre autres, au fait que l'Académie des langues guinéennes n'avait pas tenu compte de l'aspect tonal des langues" écrit I.S.Condé.
Il fallait donc un système d'écriture prenant en compte toutes les caractéristique de la langue, et tant qu'à faire inventé sur mesure. C'est ce sur quoi insiste Burama : "si tu vas au marché pour t’acheter une paire de chaussures, il faut que tu trouves la bonne taille, et si tu te coupes le pied pour rentrer dedans, est-ce que tu pourras marcher quand même ?"
Ainsi, pourquoi prendre ailleurs un système ne s’adaptant qu’à moitié ici, plutôt que d’inventer un alphabet qui correspondrait vraiment à ce que l’on veut ?
C’est bien là le cœur de l’entreprise : il ne s’agit pas d’un simple exercice de linguiste, mais bien du pouvoir symbolique de la trace écrite, et à travers elle du fait de pouvoir revendiquer une histoire et une identité, à la hauteur des autres.
Re-situer les relations sur un pied d'égalité en développant ses propres outils, une démarche qui semble-t-il est récurrente dans les différentes formes d'écritures africaines récentes. C'est d'ailleurs à Bingerville que fut officiellement présenté l'alphabet n'ko... en Côte d'Ivoire donc, terre d’un autre inventeur d’alphabet, s'inscrivant dans une démarche différente dans la forme mais très similaire sur le fond : le fascinant Frederic Bruly Bouabré…
… mais tout ça est une autre histoire !
En attendant, les élèves de Siby semblent s'être appropriés l'alphabet n'ko... et s'expriment, avec ces caractères, sur les murs du fond de la classe !
[Suite, post 2/4 : Le n'ko, une revendication identitaire]
08 octobre 2007
Sibi... le retour (2)

Le ventre creux mais les mirettes bien rassasiées,
je vous ai donc laissé traîné vos guêtres au hasard des étales du marché...
Votre interminable poulet-frites, ou un indémodable riz sauce dans les gambettes, vous serez alors prêt pour vous enfoncer dans 17 km de champs de mil, de plantations d'arachides, de karités, de manguiers...
Parez à grimper une bonne heure par des latérites que l'hivernage a secoué de son empreinte (le 4x4 est indispensable)...
Mais après ça, mes ptits enfants, j'aime autant vous le dire : préparez vous à du grandiose ! Que le maillot soit prêt, soyez au taquet : car vous tomberez sur...
ah c'est trop de bonheur rien que de le dire...
une...
oui !
Une cascade...

que dis-je ?
Un ptit coin d'paradis !
Une petite heure seulement nous sépare de Bamako, mais justement : elle nous en sépare !
Une eau à température idéale, plongée en pleine verdure.
Plus que du bonheur, c'est un régal !
J'avais en tête les images de Sibi séchée par des mois sans eaux... je la retrouve, une saison des pluies plus tard, plus luxuriante que jamais.
Qu'attendez-vous ? Il faut y aller !
03 octobre 2007
Sibi... le retour (1)
Puisque nous sommes en pays manding restons-y...
... et je vous emmène de nouveau faire un tour à Sibi !
J'y étais allé en janvier dernier, depuis la pluie est passée par là.
Pas de camping sauvage cette fois ci, j'ai testé pour vous les campements : des installations tout à fait sympathiques dotées de cases moustiquairées (et ce n'est pas du luxe !), de sanitaires sommaires mais opérationnelles... bref tout ce qu'il faut, juste ce qu'il faut.
Il y a 3 campements à Sibi. L'un que je tacherai de trouver et qui fait résidence d'artistes (de musiciens notamment), un autre juste à l'entrée (le plus simple et le plus sympathique... où vous y trouverez une fameuse confiture de mangue !) et un autre à la sortie de Sibi (c'est celui que j'ai testé pour ce coup ci... avec regrets : Peut être un peu moins rudimentaire que le premier mais tellement moins familiale et agréable...).
Bon, avant que je n'oublie. Une erreur de débutant à éviter : commandez à manger à l'avance !!
Nous sommes arrivés affamés sur le coup de 13h, commandons du poulet-frites (basique : simple et rapide ?)... Pas de problèmes (mais il n'y en a jamais), c'est presque prêt (arf, le presque aurait du nous mettre le mout-mout à l'oreille !)...
Les minutes s'égrainent par poignées de 10... Et au bout d'une heure bien pilée, nous voyons arriver une femme, revenant du marché des poulets à la main !
Naannn...
non ?
... si !
Après un coup d'oeil passé en cuisine : oui, 1h30 que nous avions commandé et les poulets entraient seulement en phase de plumage !!
Mais bon... nous avons la montre, les maliens ont le temps... alors adoptons le rythme du pays et rebuvons un coup !
Profitez-en justement, s'il est samedi, pour aller faire un tour au marché... impossible de revenir bredouilles, vous aurez des couleurs, des odeurs et de l'ambiance plein la besace !
Une fois rassasié, vous pourrez alors partir vous plonger dans la campagne sibienne...
... mais ça, ce n'est qu'après manger !
Chaque chose en son temps...
29 septembre 2007
Guerrier Manding !
Une perle !
Je viens de m'en régaler en projection extérieure au CCF, ambiance assurée... et je me fais un plaisir de vous le faire partager !
Attention, m'sieurs dames !
C'est à s'en lécher les babines :
Voici...
... GUERRIER MANDING !!
Ce film est un petit ovni d'un quart d'heure réalisé par Toumani Sangaré, du collectif Kourtrajmé-Africa (qui vient de sortir un dvd réunissant une trentaine de leurs courts).
Un western complètement jeté, aux arômes de kung fu version pays manding !! Oui, tout est possible ici !
et pour cerise sur le gâteau : Manjul, roi de la dub malienne (je vous en reparlerai au prochain numéro) signe la BO.
Du grand spectacle !!
Partie 1 :
& Partie 2 :
Alors Big up les amis !
31 janvier 2007
Week end à Sibi !
Le week end dernier, 5 mois que j'attendais ça : je suis enfin sorti de Bamako !
Nous sommes donc parti avec G. et V. sur la route menant en Guinée, direction Sibi : petit village situé à 1h de route au Sud ouest de Bko, en plein dans les monts mandings.
C'était donc ma découverte de la brousse... et du mali hors des portes de sa capitale !
Au programme de ces deux jours : ouvrir grands les yeux et s'imprégner de toutes ses nouvelles images, ses nouvelles odeurs... qui précisent peu à peu le visage du Mali...
... baignade dans le Niger, pur bonheur alors que la chaleur marque clairement son retour depuis quelques jours ! Reste à savoir pourquoi, la tête sous l'eau, résonne le son des grillons. Avis à ceux qui ont une idée !
Puis départ avant le soleil, afin de trouver un coin tranquille où poser la moustiquaire, faire un feu et préparer le terrain pour dormir à la belle étoile...

Ballade sur les hauteurs du pays Manding...

et nous sommes enfin allez retrouver C. et M. qui avaient rendez-vous avec 28 femmes d'une association pour leur apprendre à faire de la confiture de mangue et à lancer un petit commerce.
Bilan, vous l'aurez compris...
un week end comme il faudrait en passer des tas et comme j'en souhaite des tonnes !































